Laurel Hubbard, la première haltérophile transgenre

Méconnus du grand public, les jeux du Commonwealth, dont la 21èmeédition se déroule actuellement à Gold Coast en Australie, viennent pourtant d’accoucher d’une grande première. En représentant la Nouvelle-Zélande dans la catégorie des plus de 90kg du concours d’haltérophilie, Laurel Hubbard, quarante ans, est devenue ce lundi la première athlète transgenre à prendre part à la compétition.

Jusqu’en 2012, il s’appelait Gavin Hubbard, détenait les records de son pays en junior, et avait même été nommé responsable de l’équipe olympique néo-zélandaise d’haltérophilie juste après les JO de Londres. Devenue Laurel après une longue procédure administrative, elle poursuit désormais ses rêves de médailles d’or chez les femmes, non sans embûches. Car pour pouvoir reprendre sa carrière pro en changeant de catégorie, Laurel a du prouver que son taux de testostérone était inférieur au seuil maximal autorisé dans les catégories féminines, soit dix nanomoles par litre de sang et ce sur une période de douze mois incompressibles (le taux moyen se situe entre 23 et 28 nmol/l chez un homme, entre 3 et 6 nmol/l pour une femme).

C’est ainsi qu’en mars 2017, Laurel est enfin autorisée à participer à une épreuve du circuit mondial : l’Australian International de Melbourne, qu’elle remporte haut la main en soulevant un total combiné de 268 kg, soit 19 de plus que la Samoane qui se classe deuxième. Une perf qui la place d’entrée dans l’œil du cyclone. Le premier avis de tempête tombe en novembre 2017 lors de l’annonce de sa sélection pour les Jeux du Commonwealth. Michael Keelan, président de la Fédération australienne d’haltérophilie, montre alors les muscles : « Nous sommes dans un sport de puissance qui est normalement lié à des tendances masculines. Si vous avez les bonnes hormones, vous pouvez soulevez des poids plus lourds. Quand vous avez été un homme, que vous avez soulevé une certaine charge et que, subitement, vous devenez une femme, psychologiquement, vous savez que c’est possible d’atteindre ce niveau. »

 

D’autant plus que, un mois plus tard, Laurel participe aux championnats du monde d’Anaheim, en Californie, où elle brandit 275 kg cumulés au dessus de sa tête pour se classer deuxième derrière l’Américaine Sarah Robles, médaille de bronze aux JO de Rio. La polémique enfle, poussant la commission néo-zélandaise des droits de l’homme à prendre sa défense dans un communiqué publié quelques semaines seulement avant l’ouverture des Jeux du Commonwealth : « Nous soutenons l'haltérophile transgenre Laurel Hubbard, première athlète transgenre à pouvoir participer aux Jeux du Commonwealth. Elle a parfaitement répondu aux critères de sélection. Il n'existe aucune raison valable de l'exclure. Laurel est une femme, pas un homme déguisé en femme en quête de médailles ou de gloire. »

Toujours est-il que, ce lundi, la gloire comme les médailles attendront. En tête du concours après avoir soulevé 120 kilos dès son premier essai (7 de plus que toutes les autres tentatives de ses rivales), Laurel tient à marquer les esprits et remercier le public australien de son accueil chaleureux en essayant de pulvériser le record de l’épreuve avec une barre à 132 kilos. Elle l’empoigne, l’arrache du sol et la hisse brièvement au dessus de sa tête avant de céder dans un cri strident de douleur. Un ligament de son bras gauche vient de lâcher, la poussant à l’abandon. « Je n’ai aucun regret sur cet essai et je suis heureuse de ma décision car je crois que pour respecter le sport, vous devez toujours essayer d’aller au maximum de vos possibilités, a-t-elle lâché après l’épreuve. Le public a été fantastique avec moi, je n’ai ressenti rien d’autre que de l’amour et j’ai tenté de leur offrir le meilleur de ce que je peux faire. Ma seule déception sur ces jeux est ne de pas en avoir été capable… » La fin du rêve pour l’haltérophile kiwi, mais le début d’un autre bien plus grand : devenir la première athlète transgenre à remporter l’or aux Jeux Olympiques de Tokyo.