À soixante ans, il a couru le marathon de Paris pieds nus

Le marathon de Paris 2018, c'était 55 000 coureurs sur un peu plus de 42 kilomètres, et surtout un homme : Sidy Diallo, pieds nus d'un bout à l'autre du parcours.

En 1960, lors des JO de Rome, l'Éthiopien, Abebe Bikila, ne supportait pas de courir avec des chaussures et avait donc décroché  l'or olympique en courant le marathon pieds nus. S'il n'a pas remporté la course parisienne dimanche dernier, bouclant le parcours en plus de 3h50m - soit presque le double du vainqueur kenyan, Paul Longyangataa (2h06'25") -, Sidy Diallo aura au moins égalé la légende Bikila en battant le pavé parisien sans souliers. Folie ? Pari ? Masochisme ? Rien de tout ça.

La soixantaine dans le rétroviseur, l'homme est parfaitement sain d'esprit. Docteur en médecine, diplomate français et Premier Conseiller à l'ambassade de France au Suriname, Monsieur Diallo n'est pas là pour amuser la galerie et son choix n'a rien d'un handicap. Bien au contraire. Lorsqu'un journaliste du Parisien lui demande : "Pourquoi ?", Sidy répond : "Courir pieds nus est la chose la plus naturelle du monde. Nos lointains ancêtres n’étaient pas chaussés. Il fallait bien qu’ils courent pour chasser. S’ils avaient dû attendre son invention, aucun n’aurait survécu." Vrai.

Une philosophie qu'il affiche imprimée en noir sur son T-shirt orange vif : "Courir pieds nus, rejoins la tendance !", et qu'il a déjà diffusée 21 fois sur les 154 marathons que compte son palmarès. Logique lorsque l'on parle sept langues et qu'on parcourt le monde en courant, peu importe comment : "Lors d’une croisière en famille dans les Caraïbes, j’ai couru l’équivalent d’un marathon sur le bateau avec quelques amis. On tournait sur le pont : 50 fois dans un sens, 50 fois dans l’autre." D'ailleurs, son domicile de Saint-Quentin-en-Yvelines, Sidy ne compte pas s'y attarder et prévoit déjà de s'aligner dimanche prochain sur le marathon de Bonn (Allemagne), puis celui d'Anvers (Belgique) la semaine suivante, avant de s'envoler pour l'Afrique du Sud et un ultramarathon de 90 bornes en juin prochain.

"Je ne réalise rien d'anormal. D'ailleurs, ma corne de pieds n’est pas plus renforcée que la vôtre, c’est juste un peu d’entraînement. Jusqu’en juin 2015, je courais en chaussures mais ça me faisait plus mal. Pieds nus, je ressens parfaitement les aspérités de la route. Je fais attention à ne pas me planter un clou par accident mais, sinon, je n’ai pas mal du tout et je ne suis pas un être exceptionnel, croyez-moi. {...} Regardez tous ces coureurs avec leurs chaussures très chères : ils ont tous mal au pied. Moi, pas du tout : je peux refaire la course en sens inverse si vous me le demandez." Chiche ?