Yannick Noah : "Si demain leur décision scandaleuse passe, ce sera la fin de la Coupe Davis"

Dans une interview accordée au Monde quelques heures après la qualification des Bleus pour la demi-finale de la Coupe Davis, Yannick Noah a fustigé le projet de réforme de la compétition annoncé fin février par la Fédération Internationale de Tennis.

"Je suis encore dans le match, c’est pas fini, j’essaierai de peser pour essayer de sauver ce qui pour moi devrait être intouchable." Ce qui devrait être intouchable pour le capitaine de l'équipe de France de tennis, c'est la formule de la Coupe Davis. Actuellement, le format de la compétition née en 1900 se décline sur quatre week-ends de trois jours, avec des rencontres à domicile ou à l'extérieur en fonction du tirage au sort. Si la réforme proposée par la FIT passe, la quête du "saladier d'argent" sera condensée sur une semaine et délocalisée sur terrain neutre, a priori en Asie. Et ce dès 2019. Une perspective à laquelle celui qui se définit comme un "passionné de Coupe Davis" ne peut se résoudre.

"Je vais essayer de solliciter les autres capitaines, d’envoyer des textos à des personnes que je connais encore dans le jeu. Je n’ai jamais pensé qu’on se retrouverait dans une telle situation, mais là je pense que c’est injuste." Injuste et infondé. Pour l'ancien vainqueur de Roland Garros, la Coupe Davis possède "presque un aspect social. {...} Je n’arrive pas à comprendre l’intérêt d’aller jouer une compétition sur une semaine à l’autre bout du monde, je ne comprends pas… car il y en a des tournois comme ça, il y en a plein, partout dans le monde. Mais la Coupe Davis, c’est autre chose..." Une ferveur populaire inhérente à cette compétition, sacrifiée sur l'autel du pognon, dans un sport déjà stigmatisé pour ses ambiances... disons, feutrées. "Certains dirigeants ne sont là que depuis peu et ne connaissent pas leur histoire. Certains joueurs ont la mémoire courte ou des motivations qui ne protègent pas le jeu. Y’a qu’en Coupe Davis qu’on peut vivre ça. {...} Rien ne pourra payer l’autographe que Fognini a donné au petit garçon qui débute le tennis ici à Gênes. Combien ça coûte les moments que tu passes avec les ramasseurs de balles ? On peut parler d’autre chose que de dollars ?"

"Imaginez un joueur de Manchester United qui gagne 500 000 euros par semaine et qui décide de ne pas jouer la Coupe du monde. Alors la FIFA va dire : 'Bon, eh bien maintenant on va changer la formule ?' C’est exactement la même situation. On parle de sept ou huit joueurs, qui ont donné beaucoup au tennis, avec tout le respect que j’ai pour eux. Mais je pense aussi que le tennis leur a aussi beaucoup donné. Je crois que c’est à leur tour de donner quelque chose au tennis", assène le père de Joakim. Rendre à la petite balle jaune, et surtout la protéger, de peur qu'une telle décision n'ouvre la boîte de Pandore du tennis mondial. "Aujourd’hui c’est la Coupe Davis qui est menacée, après ce sera les tournois du Grand Chelem et puis, après, on va aller faire tous les tournois en Asie ?"