L'odyssée d'Evaldas Siskevicius, lanterne rouge du Paris-Roubaix

Crevaison, voiture-balai, respect du code de la route et aire d'arrivée fermée... En se classant dernier du Paris-Roubaix dimanche, Evaldas Siskevicius est entré dans la légende de la Reine des classiques.

"L'enfer du nord". Ce surnom donné au Paris-Roubaix, Evaldas Siskevicius, lanterne rouge de la dernière édition, a du se le répéter en boucle durant les 257 kilomètres qui séparent la place du Palais de Compiègne et le vélodrome de Roubaix. Du départ à l'arrivée, le coureur lituanien de l'équipe Delko-Marseille a personnifié la souffrance autant que la guigne.

Pourtant, jusqu'au ravitaillement, tout allait bien pour lui, qui se maintenait tant bien que mal en queue de peloton. Mais à 68 bornes de l'arrivée, le rythme s'accélère et le natif de Vilnius se retrouve rapidement largué, au point de se faire rattraper par la voiture-balai. Evaldas sait alors qu'il flirte avec la zone rouge du chronomètre. Une galère de plus sur les pavés du ch'nord et il sera définitivement hors délai. Le sort étant un grand farceur, il s'acharne sur la roue arrière du Lituanien de 29 ans, qui finit par crever. En théorie, avec un tel retard sur les autres coureurs, le véhicule technique de son équipe où sont stockées les pièces de rechange aurait du se trouver loin devant. En théorie seulement. Car il est en fait juste derrière lui, perché sur une dépanneuse depuis un problème moteur à mi-course. Quand ça veut pas...

Siskevicius change sa roue tout seul et repart sous les applaudissement des quelques spectateurs encore présents sur le bord de la route. La dernière ligne droite ? Presque. Quelques kilomètres plus loin, le conducteur de la voiture-balai échange avec un motard de la police qui encadre la course : "Je viens d'avoir Thierry Gouvenou (le directeur de course, ndlr) au téléphone, et il m'a dit qu'il fallait le laisser, qu'il finissait tout seul. Parce que là on bloque les routes et c'est trop tard, il est hors délai de toute façon..." Le conducteur remonte ensuite à hauteur du cycliste pour lui annoncer la nouvelle : "Il faut que tu arrêtes ou alors il faut que tu continues seul parce que je suis obligé de te laisser...". "Laisse-moi, je vais finir ! C’est pas grave, il ne reste plus qu’un secteur.", répond Evaldas. "Ok, mais par contre faut que tu respectes le code de la route, tu fais attention et tout, hein... Désolé, mais c'est un ordre de la direction". Une scène surréaliste, immortalisée par le media belge Sporza présent sur le siège passager de la voiture-balai.

Il est 18h13 quand Siskevicius se présente enfin à l'entrée du vélodrome de Roubaix. Peter Sagan, vainqueur de l'épreuve, est déjà arrivé depuis plus d'une heure. Le site est quasi désert, les portes closes. Fort heureusement, un membre de l'organisation est resté à son poste et rouvre l'enceinte pour lui permettre de réaliser le tour et demi de piste qui conclut la "Reine des classiques". "C’était incroyable comment tout le monde m’a encouragé, et sur les pavés, ils me disaient : 'Va jusqu’au bout, va jusqu’au Vélodrome !' Ça m’a énormément motivé. Personnellement, je n’aime pas abandonner. Sur le vélo, mais aussi dans d’autres choses de la vie. Je n’ai pas abandonné par respect pour l’organisation, confie Evaldas dans les colonnes de L'Équipe. Paris-Roubaix est un monument que l’on doit honorer. Quand je suis arrivé au Vél', l’organisation avait déjà commencé à fermer la porte, mais ils étaient si sympathiques qu’ils m’ont laissé passer, et j’ai pu faire mon tour et demi de piste."Hors délai, Evaldas ne sera pas classé et ne figure donc pas au classement officiel, mais son épopée, elle, restera comme LA belle histoire de cette édition 2018.