Ce que le marathon de Boston nous apprend sur la vie

Pluie, vent glacial, abandons en cascade et grosses fatigues, le marathon de Boston 2018 fut épique. En avant la musique !

  • Rien ne sert d'être pro, il faut partir à point

Grand gagnant chez les hommes, Yuki Kawauchi, sympathique Japonais de 31 ans, est un véritable phénomène dans le monde du running. Employé à plein temps par le gouvernement nippon, Yuki bosse quarante heures par semaine et ne court qu'une fois par jour : le matin, avant de se rendre au boulot. Un statut d'amateur qui l'empêche de trouver des sponsors ou de faire partie de l'équipe nationale, mais pas de sortir quelques grosses perfs. Comme ces 79 marathons bouclés en moins de 2h20, dont 26 en moins de 2h12, avec deux records du monde à la clé pour lui. D'où un surnom : le "citizen runner" ("coureur citoyen" en VF, ndlr). Pour se préparer à mettre plus de deux minutes à Geoffrey Kirui, champion du monde kenyan et tenant du titre à Boston, Yuki s'est entrainé chez lui en courant le semi-marathon de Kuki (à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tokyo) déguisé en panda. Une course qu'il a terminé à la seconde place en 1h'10m'3s'.

Quoi d'autre ? Yuki a repris le boulot ce mercredi et a déjà prévu de courir un semi-marathon ce week-end. Ce ne sera pas celui de Kuki, mais il sera peut-être habillé en costume trois pièces, ce coquin.

  • Méfiez-vous des infirmières

À force de courir à droite, à gauche, au bloc, aux soins, en salle de repos, les infirmières ont-elles découvert le secret de l'endurance ? C'est ce que tend à prouver Sarah Sellers. Avec un chrono de 2h'44m'4s', cette nurse de 26 ans termine deuxième à deux minutes de sa compatriote, Desiree Linden (première américaine à remporter le marathon de Boston depuis 1985). Complètement inconnue du circuit pro, Sarah courait seulement son second marathon après celui d'Huntsville dans l'Utah. Une course qu'elle devait remporter pour pouvoir disputer celui de Boston, et ainsi accompagner son petit frère dans l'effort. Sans sponsor, elle a du payer les 185 dollars de frais d'inscription de sa poche, s'est pointée avec ses baskets et une vieille tenue de l'Université de Weber State (où elle a étudié et claqué quelques chronos avant une vilaine blessure), et est rentrée chez elle avec 75 000 billets vert. Elle est désormais attendue au service d'anesthésie-réanimation du Banner Health Center de Phoenix, en Arizona, où sa prochaine garde démarre jeudi à 6h30 du mat'.

  • L'amour est plus fort que l'asphalte

La belle histoire qui mouille les yeux. Après avoir vaincu une leucémie, Mary Shertenlieb s'était jurée de venir à bout du marathon de Boston pour lever des fonds afin d'aider la recherche contre le cancer. Mais à mi-course, au 24ème kilomètre précisément, épuisée par les conditions climatiques, elle jette l'éponge et se réfugie dans une tente de l'assistance médicale. Les lèvres sont violettes, l'hypothermie pas bien loin. En pleurs, elle appelle Rich, son mari, pour lui annoncer la nouvelle. Pragmatique, Rich lui suggère de rentrer à la maison, prendre une douche chaude, changer de fringues et éventuellement reprendre la course là où elle s'est arrêtée. Ce que le couple fera en amoureux, pour passer la ligne d'arrivée main dans la main à 0h18. Soit treize heures après avoir pris le départ de la course, et en ayant récolté environ 33 000 dollars pour ses bonnes œuvres.

  • Les Kenyans et les Ethiopiens n'aiment pas la pluie

Au sein du plateau élite de ce marathon (les 41 meilleurs coureurs, hommes et femmes confondus), on compte 23 abandons, dont treize répartis entre les Kenyans et les Éthiopiens. Chez les hommes : sept Kenyans et trois Éthiopiens au départ, deux Kenyans seulement à l'arrivée (Geoffrey Kirui, deuxième, et Stephen Sambu, quatorzième). Chez les femmes : trois Kenyanes et trois Éthiopiennes au départ, une Kenyane à l'arrivée (Edna Kiplagat, neuvième). Vous avez dit "hécatombe" ?

  • La pause pipi, c'est l'ennemie

Demandez à Shalane Flanagan, l'une des meilleures runneuses américaines de toute l'histoire, championne en titre du marathon de New York et qui, heureusement pour elle, n'a pas le pipi timide. 13,86 secondes d'arrêt aux stands seulement (record du monde ?), mais payées cash sur la ligne d'arrivée avec une septième place en 2h'46'31s'.