Les secrets d’Abel Djilali, pointure du parkour, pour explorer et photographier la ville

Abel Djilali-Bouzina a 26 ans. Freerunner, acrobate mais aussi photographe, il a toujours eu la bougeotte. Cet athlète atypique, fin connaisseur des recoins de la plus belle ville du monde, vous partage ses secrets pour que vous aussi, puissiez prendre des photos qui donnent des frissons.

Paris Bercy - Abel et Kid Mutant - Crédits image : @rondjilal

À 7 ans, alors qu'il prenait des cours de gymnastique, Abel découvre Yamakasi. Là, c'est le déclic : lui aussi veut explorer la ville. Depuis, il se l'est appropriée et en a fait son terrain de jeu. 

Konbini - Sur ton instagram, tu parles de parkour mais aussi de freerunning. Quelle est la différence ? 

Abel - Dans le freerunning il y a forcément du parkour mais l’inverse n’est pas toujours vrai.

Le parkour c’est aller d’un point A à un point B en franchissant les obstacles de la manière la plus efficace possible. Le freerunning, c’est le même concept en ajoutant des acrobaties.

Sentier, Paris - Prendre un peu l’air après une dure journée, attendre le coucher de soleil et jouer avec les reflets

K - Comment cette aventure a commencé ? 

J’ai commencé le parkour avec mon ami d’enfance, Tim Andria, un danseur surnommé Bboy Tim, qui sera par la suite sacré plusieurs fois champion du monde de breakdance avec son groupe, Vagabond.

Je me rappelle encore de notre premier wall flip [salto arrière en prenant appui sur le mur, ndlr] en CM1 dans la cour de récré.

Cité Pablo Picasso, Nanterre - Explorer la périphérie de Paris et son architecture impressionnante pour trouver le cadre idéal

Je viens de Grenoble, une ville remplie de bon spots de parkour et de bâtiments désaffectés en périphérie. On y trouve aussi un gymnase impressionnant et sur-équipé. C’était une chance pour moi, c’est d'ailleurs là bas que j’ai le plus progressé. Après mon bac, j’étais livreur de pizza le jour, et je m’entrainais là bas le soir. Je n’ai jamais retrouvé un gymnase comme celui là à Paris.

"Après mon bac, j’étais livreur de pizza le jour, et je m’entrainais le soir."

Le problème à Grenoble c'est qu'il était quasi impossible de vivre de ma passion. Je suis alors monté sur Paris en 2013 pour passer un casting d'acrobate pour la comédie musicale Robin Des Bois. J’ai été pris et j’ai tourné pendant un an avec M.Pokora. C’est là que je suis venu vivre à Paris.

Paris - Recommencer trois, quatre, cinq fois la même figure pour s’adapter parfaitement au cadre. crédits image : @yam_sonite

K - Toutes ces péripéties et ces explorations urbaines ont-elles changé ta manière de voir la ville ?

Mon rapport à la ville est un peu comme celui d’un skateur ou d’un graffeur. Dans Paris, je regarde partout sans arrêt, et me dis : « tiens, là, je peux grimper », ou : « là je peux sauter sur la boite postale, attraper le poteau, tourner autour et finir en salto !” [rires]

Mes ballades deviennent des films. C’est ça que j’adore dans le freerunning : la liberté de s’approprier la ville.

K - Comment tu abordes un spot ? Par le visuel et la beauté du lieu ? En fonction des figures que tu veux y faire ?

En général les spots me tombent dessus. Dès que je vois un lieu qui m’inspire, je sors la caméra et je shoote. Je suis aussi attiré par le visuel : quand je vois un joli cadre, je dois trouver la figure qui va avec. Dans le parkour et le freerunning, la photo a une importance primordiale.

Philharmonie de Paris - Observer, se rapprocher, afin de trouver l’angle le plus graphique possible. crédits image : @mister.keys

K - Le photographe aussi doit être un casse-cou ?

Ce n’est pas une obligation. Il doit surtout connaitre et comprendre mes mouvements. Mes amis photographes sont danseurs acrobates, donc ça va très vite.

Je travaille beaucoup avec un mon ami Little Shao qui a un oeil impressionnant. En une ou deux prises, le résultat est incroyable. Je crois qu’il a des pouvoirs magiques. Sinon, je me prends en photo seul ou avec mon pote Mutant.

Olympiades, Paris - Un ninja dans la ville. Trouvez votre univers ! Crédits image : @mister.keys

K - Quel est l’endroit le plus incroyable que tu as exploré ?

Les toits de Paris sont magiques. Tu passes de la rue bruyante et bondée au calme le plus total, seul à admirer une vue à 360°. À Pigalle et Montmartre, les toits surplombent toute la ville, c'est l'ideal.

Ce monde parallèle n’est pas donné à tout le monde. Il faut être très prudent car les toits sont souvent très glissants ! Le plus safe, c’est de monter dans une allée d’immeuble ou directement par des escaliers, en passant par une trappe. 

Toits de Paris - Prendre le temps d’admirer.

K - Tu as des spots préférés dans Paris ?

Pas vraiment. Je vais rarement sur aux mêmes endroits pour photographier. J'aime voir le freerunning comme une grande chasse au trésor, une découverte constante. 

K - Où est le lieu parisien le plus dépaysant ?

À Olympiades, dans le quartier asiatique du 13ème arrondissement, si tu trouves le bon cadrage, tu peux faire croire que tu n’es pas à Paris.

K - Le meilleur et le pire moment que le parkour t’a apporté ?

Les deux sont liés. Ma seule blessure grave a eu lieu au Qatar pour mon premier job en tant que freerunner alors que je réalisais un de mes rêves : travailler avec les Yamakasi.

Centre Pompidou, Paris - La perspective est votre alliée, trouvez-la. Crédits image : @romain.mutant

Je m’étais entrainé jusqu'à ce que ma cheville lâche. Ligaments arrachés, tendon déchiré, la totale. Mis a part cet épisode, je suis toujours très consciencieux dans ce que je fais et je connais mes limites. Il faut toujours garder le contrôle.

K - Quasimodo avait Notre-Dame, Mimisiku la Tour Eiffel… C’est quoi ton spot de rêve à toi ?

À Paris, j’aimerais monter sur le toit de l’Opéra Garnier. C’est extrèmement visuel. Pareil pour le Louvres. Bien sur la Tour Eiffel me fait rêver, mais surtout pour la vue imprenable.

À l’étranger, j’aimerais faire le Dhammayangyi, plus grand palais de Birmanie, qui dépasse la couche de brume matinale. Mais aussi la Mosquée Bleu en Turquie et les Pyramides de Gizeh. C’est l’inaccessible qui fait rêver.

BNF, Paris - La contre-plongée aussi peut donner des vertiges. Crédits image : @littleshao

K - Enfin, un conseil pour quelqu’un qui voudrait explorer la ville ?

Lève la tête, perds toi dans les rues, marche beaucoup et ne prends pas trop le métro, car tu risques de manquer beaucoup de belles choses à voir.

Notre-Dame de Paris - Faites parler les saisons, chacune a sa lumière et ses couleurs. Crédits image : @littleshao

Faites un tour sur le compte Instagram d'Abel et vous ne pourrez résister à l'appel d'une ville magique qui ne demande qu'à être photographiée et explorée, sans vous mettre en danger pour autant. Move it move it ! 

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.