La NFL vient de bannir le kneeling des terrains de foot US

Game over pour les protestataires en NFL. Dorénavant, ceux qui désirent poser un genou au sol pendant l'hymne américain sont priés de le faire sur le carrelage du vestiaire, sous peine de lourdes sanctions financières.

Est-on en train d'assister à la mort du "kneeling" ? C'est en tout cas ce qu'aimerait voir la NFL, la grande ligue de foot US confrontée à ce mouvement de protestation depuis quasi deux ans. Lancé par Colin Kaepernick, le quarterback des 49ers de San Francisco, le kneeling consiste à poser un genou au sol pendant l'hymne américain pour protester contre les inégalités et les violences envers les minorités. Un mouvement qui s'est rapidement élargi à l'ensemble des équipes NFL, divisant les vestiaires comme l'opinion publique américaine, et que certains joueurs ont prolongé en levant le poing en l'air, symbole du nationalisme noir et du mouvement Black Panthers vers la fin des années 60. 

"Sortez-moi ce fils de pute du terrain tout de suite !"

Une controverse qui avait atteint son point d'orgue en septembre dernier, lorsque Donald Trump s'en était mêle en qualifiant les joueurs "d'antipatriotiques" et en expliquant que le mouvement avait provoqué un désintérêt ainsi qu'une chute des audiences du foot US à travers tout le pays. "Lorsqu'un joueur manque de respect à notre drapeau, vous n'aimeriez pas voir un des propriétaires d'une franchise NFL dire : 'Sortez-moi ce fils de pute du terrain tout de suite ! Dehors ! Il est viré ! Vi-ré !', avait-il martelé lors d'un discours de soutien au sénateur républicain, Luther Strange. Vous savez, un propriétaire va finir par le faire. Il va dire : 'ce mec-là qui manque de respect au drapeau, il est viré !' Et ce propriétaire, on ne le connait pas encore mais il sera la personne la plus populaire du pays." Le 45ème Président des États-Unis ne croyait pas si bien dire.

Ce mercredi 23 mai, la NFL a annoncé que les grands manitous des franchises venaient de voter en faveur de l'interdiction totale du kneeling, les contrevenants s'exposant à de lourdes amendes pour eux comme pour leur club. Mais, dans sa grande mansuétude, la ligue a également indiqué que les joueurs n'étaient pas obligés de se tenir à carreau pendant que retentit le Star-Spangled Banner. Ceux qui désirent poursuivre la lutte peuvent toujours le faire, mais sont désormais priés de rester aux vestiaires. Une manière tout à fait américaine de cacher ce sein que la NFL ne saurait voir, et que le grand patron, Roger Goodell, a justifié sans sourciller : "Ce mouvement de protestation a faussé la perception de beaucoup de fans, qui pensent dorénavant que les joueurs sont antipatriotiques. Le nouveau règlement va recentrer l'attention sur le jeu et les athlètes extraordinaires qui lui donnent vie. Et nos fans apprécieront." À commencer par le premier d'entre eux, Donald Trump en personne au micro de Fox News : "Je ne pense pas que les joueurs devraient rester dans les vestiaires, mais c'est tout de même une bonne chose. Vous devez vous tenir droit, fier, pendant l'hymne national. Sinon vous ne devriez pas jouer, vous ne devriez pas être là. Peut-être qu'ils ne devraient pas être dans ce pays..."

Débat interne et décision unilatérale

De son côté, le syndicat des joueurs (NFLPA) s'est fendu d'un communiqué assurant qu'il n'avait pas été consulté et taxant les décideurs de la ligue d'hypocrisie : "Le vote des propriétaires est en totale contradiction avec la promesse faite par Roger Goodell et le président du conseil d'administration, John Mara, sur les principes et les valeurs patriotiques de la ligue". Ajoutant au passage que les nouvelles règles n'étaient en aucun cas perçues comme un compromis. 

Si certains proprios, comme celui des Houston Texans, Bob McNair - qui a déjà prévenu ses joueurs en ces termes : "Les gars, vous devez demander à vos 'compadres', vos 'potos', d'arrêter cet autre combat, de sortir sur le terrain pour faire quelque chose qui donnera vraiment des résultats positifs. Et nous vous aideront à le faire" -, se frottent les mains, d'autres préfèrent soutenir leurs ouailles. Coûte que coûte. C'est le cas de Christopher Johnson, président des New York Jets - dont le frère, Woody Johnson, n'est autre que l'actuel ambassadeur des États-Unis au Royaume-Uni -, qui a d'ores et déjà indiqué que son équipe ne punirait pas ceux qui bravent l'interdit et poursuivent le kneeling : "Il n'y aura aucune amende ou toute autre sanction infligée par le club. Et si l'équipe est mise à l'amende par la ligue, ce sera à moi de l'assumer."

"Le patriotisme porte allégeance aux valeurs démocratiques, pas aux symboles ou aux hymnes"

Même Robert K. Kraft, le boss des New England Patriots de l'idole Tom Brady et soutien de longue date de Donald Trump, apparait mesuré sur la question : "Le problème c'est que nous avons un Président qui utilise ce débat comme un levier pour accomplir sa mission que je ne crois pas être dans l'interêt des États-Unis. Ça nous divise et c'est horrible." Et cela va surtout à l'encontre des libertés individuelles proclamées par la constitution américaine, comme le confirme Jeff Robinson, à la tête de l'American Civil Liberties Union : "Protester n'est pas quelque chose de confortable. Ce n'est pas quelque chose qui est supposé se faire dans l'ombre. Par définition, cela doit perturber. Le patriotisme demande à l'Amérique de défendre les idées sur lesquelles elle a été fondée : égalité et justice pour tous. Le patriotisme porte allégeance aux valeurs démocratiques, pas aux symboles ou aux hymnes. Le patriotisme est dissident." Et le kneeling est un acte patriotique, quoi qu'en pense l'Amérique trumpiste.