Marco Trungelliti : Le lucky loser de Roland Garros

C'est l'histoire d'un joueur éliminé vendredi lors du dernier tour de qualifs, repêché in-extremis suite au forfait de Nick Kyrgios, et qui s'est tapé un Barcelone-Paris en voiture dimanche soir pour sortir Bernard Tomic le lendemain matin.

Éliminé vendredi dernier face au Polonais, Hubert Hurkacz, lors du dernier tour de qualification (6-3, 4-6, 6-4), Marco Trungelliti, modeste joueur argentin classé 190ème à l'ATP, avait décidé de prolonger son séjour en Europe en s'envolant pour Barcelone afin de visiter la région en famille. Mais, suite au forfait de dernière minute de Nick Kyrgios couplé à un concours de circonstances incroyable, aucun lucky loser n'était présent Porte d'Auteuil pour remplacer l'Australien.

La suite, c'est Marco qui la raconte au micro de L'Équipe : "J'ai quitté Paris vendredi soir, les vols étaient retardés à cause des grèves. Le lendemain, on a mangé un barbecue, ce qui est très important pour nous... Il était 13h, dimanche, et on était sur le point d'aller à la plage, quand mon coach m'a informé que l'Égyptien Safwat avait été repêché en dernière minute pour affronter Dimitrov sur le central. J'ai donc décidé de demander aux organisateurs si j'avais une chance d'être aussi repêché en tant que lucky loser. Quand j'ai appris le forfait de Kyrgios, j'ai dit à ma famille : bon, on va à Paris. Ma grand-mère était sous la douche (rires). Comme beaucoup d'avions étaient annulés, et qu'il n'y a pas de train en France en ce moment, je ne pouvais pas faire confiance aux transports en commun. On a donc fait nos bagages en trente minutes, puis on a pris la voiture."

"En Argentine, 1000 kilomètres ce n'est rien"

Selon Mappy, sans faire de pause, il faut neuf heures et vingt-sept minutes pour avaler les 1035 kilomètres qui séparent Barcelone de Paris. Marco Trungelliti, lui, l'a fait en un peu moins que ça avec son frangin pied au plancher, sa mère et sa grand-mère sur la banquette arrière. "Mon frère a roulé la plupart du temps. C'était sympa. On a pris un café toutes les deux heures, on a mangé à 21h, on est arrivé à Paris à minuit. J'ai dormi cinq heures et, à 7h30, j'étais à Roland-Garros. Chez moi, en Argentine, si tu ne vis pas à Buenos Aires, 1000 kilomètres, ce n'est rien. J'avais l'habitude, en plus, il n'y avait que de l'autoroute, c'était parfait. Chez moi, tu ne sais jamais si tu vas sortir vivant après deux heures de voiture... Mentalement, j'étais prêt à jouer. Je n'avais aucune pression. Physiquement, en revanche, je ne savais pas trop... je ne me suis même pas entraîné, ni samedi, ni dimanche."

Ce qui ne l'a pas empêché de s'adjuger sa deuxième victoire de la saison sur le circuit principal. Un succès face à Bernard Tomic en quatre sets (6-4, 5-7, 6-4, 6-4) qui lui permet de vivre un second tour de grand chelem pour la première fois de sa carrière et, surtout, d'empocher au minimum 79 000 euros de gain. Soit dix fois plus que sa plus grosse rémunération perçue en 2018. De quoi faire plaisir à sa mamie de 88 ans. "Ma grand-mère ? Elle n'a aucune idée de ce qu'est le tennis. Elle n'a su que c'était la fin du match qu'après avoir vu que tout le monde applaudissait (rires). J'espère qu'elle va bien. Je n'ai pas envie qu'elle meure de stress."