Pourquoi Romain Grosjean est le plus grand pilote français de tous les temps

Un homme qu'on surnomme "la déblayeuse" ou "le taré du premier tour" est forcément un grand pilote. Incompris, certes, mais un grand pilote quand même.

Parce que ses stats parlent pour lui

À 32 ans, Romain Grosjean, c'est 132 grand prix, pour dix podiums, zéro victoire et 38 abandons. Mieux, sur 6 186 tours de circuit en carrière (tous circuits confondus), le chasseur français n'a été leader que pendant quarante tours. Ce qui fait 219 kilomètres en tête sur les 31 412 parcourus au volant de sa monoplace. Encore mieux, il n'a signé qu'un seul meilleur tour de circuit en neuf saisons de F1, et affiche une moyenne de 2,69 points pris par Grand Prix (43 points par saison, ndlr). Contre 12,71 pour ce pitre de Lewis Hamilton (226,67 points par saison, ndlr), par exemple.

Parce qu'il est toujours en course pour finir la saison fanny sous le baby

Avec son zéro pointé en six GP disputés cette saison, Romain Grosjean est leader en partant de la fin. Avec pour seule concurrence un pilote russe de 22 ans qui porte un nom d'oligarque, Sergey Olegovich Sirotkin. Un écrou mal serré en Australie pour démarrer la saison par un abandon au GP d'Australie, une maigre treizième place à un tour des leaders au GP de Bahreïn, dix-septième en Chine à plus d'une minute du vainqueur, deux folies en Azerbaïdjan et en Espagne dont nous reparlerons plus tard, et une sinistre quinzième place à Monaco ce week-end où il réussit encore à prendre un tour de retard. Courage, Romain, plus que quinze étapes pour écrire l'Histoire.

Parce qu'il ne cesse d'innover

Lorsqu'il s'agit d'assurer le spectacle sur la piste, d'offrir aux spectateurs ce pourquoi ils ont payé si cher malgré le risque de finir à moitié sourd, Romain Grosjean n'a pas son pareil. Le Zidane de la sortie de route. Après avoir inventé le crash pendant le tour de chauffe lors du Grand Prix du Brésil en 2016...

... le GOAT a tutoyé les sommets en se prenant un mur sous safety car lors du GP d'Azerbaïdjan, c'est à dire derrière la voiture de sécurité qui freine la course pour que les commissaires de piste aient le temps d'intervenir sur un incident. À faible allure, donc, et alors qu'il était en position de marquer des points avec sa sixième place. Comme il est de coutume dans pareille situation, Romain zigzague pour maintenir ses pneus à haute température. Gauche, droite, re-gauche, re-droite, freinage, mur... Sans oublier un zeste de mauvaise foi pour sublimer la perf'. Du très grand art.

Parce que c'est "le taré du premier tour"

Lors de la saison 2012, le pilote australien, Mark Webber, agressé à Suzuka lors du GP du Japon, s'emporte dans le paddock en ces termes : "Je ne sais pas ce qu'il s'est passé au départ, mais les gars m'ont confirmé que c'était encore un coup du taré du premier tour, Grosjean ("first-lap nutcase" en VO). Il doit se remettre en question. C'est entièrement sa faute. Combien d'erreurs a-t-il le droit de faire ? Et surtout combien de fois la même erreur ? À ce niveau, c'est quand même très embarrassant pour lui."

Si Webber se pose autant de questions, c'est parce que cette saison-là, Romain Grosjean a été impliqué dans huit accidents, dont sept dès le premier tour de course et un lors du second. Avec un chef d'oeuvre à Spa-Francorchamps, lors du GP de Belgique, où il emporte Hamilton et Alonso - deux champions du monde - avec lui. Un incident qui lui vaudra d'être exclu du Grand Prix suivant, soit la première fois depuis l'immense Michael Schumacher en 1994. Ce qui vous classe un homme.

Parce qu'il est le numéro un français et compte bien le rester

Mis sous pression cette saison par deux jeunes premiers aux dents qui rayent le baquet, Esteban Ocon (21 ans) et Pierre Gasly (22 ans), Romain Grosjean pouvait légitiment se faire du souci concernant son statut de taulier tricolore. Une menace écartée dès le premier tour du cinquième GP de la saison, celui d'Espagne, où il part en tête à queue et revient sur la piste pour emporter Gasly avec lui.

Parce qu'il ne badine pas avec la sécurité routière

Avec sa femme, Marion Jollès-Grosjean, qui présente la F1 sur TF1, le couple Grosjean apparait dans un spot publicitaire comme monsieur et madame sécurité routière. Une petite leçon de freinage qui a déjà fait le bonheur des internautes, et assoit encore un peu plus son autorité en la matière.

Parce qu'il y croit encore, et nous avec...

"Des équipes ont d’énormes ressources avec 500 ou 600 employés et nous sommes là à nous battre avec eux et à nous frayer un chemin. Vous devez voir l’une des deux meilleures voitures pour gagner une course, je le sais, mais je crois que si vous me donnez cette voiture, je peux gagner. Il n’y a aucune raison pour que je ne puisse pas être Champion du monde un jour. J’ai eu deux Grands Prix où j’aurais dû gagner la course, mais la chance n’a jamais tourné en ma faveur". Romain Grosjean, dans Télé-Loisirs en mars 2014. Depuis, il est passé de l'écurie Lotus à la Haas F1 Team, et n'a jamais fait mieux qu'une treizième place au général.

Parce que c'est l'héritier de Jean Alesi

Et c'est lui qui l'a confié au site motorsport.com : "J’ai eu le soutien de Jean Alesi quand j’étais avec la Fédération Française. C’était un mentor et il vivait à Genève comme moi. Nous allions nous entraîner ensemble et je me souviens de petites conversations que nous avons eues. On ne pense pas qu’il y a beaucoup à en garder quand on est plus jeune, mais quand on est plus âgé, on réalise que c’étaient des messages utiles qu’il envoyait..."

"Cela m’a beaucoup aidé dans ma carrière et si je peux faire la même chose pour Louis, ce sera formidable". Louis, c'est Louis Delétraz, jeune espoir suisse du "centre de formation" Renault qui devrait bientôt débarquer en F1. Car, devenu maître jedi à son tour, Romain Grosjean (qui possède la double nationalité franco-suisse)  s'est vite trouvé un padawan. Et, à en croire le p'tit Suisse, le futur de la F1 helvétique est entre des mains expertes : "Nous nous sommes déjà entraînes ensemble, et c'est assez important pour moi, car il connaît beaucoup de choses. Je n'avais jamais été dans un environnement professionnel, avec un véritable entraîneur ou quoi que ce soit. Il n'y a rien de vraiment spécifique, seulement, si quelque chose me vient à l'esprit et que j'ai besoin de lui demander, il saura probablement, et c'est important." Tout est dans le "probablement"...