Siya Kolisi, le premier capitaine noir du rugby sud-africain

En 1995, Nelson Mandela érigeait les Springboks en symbole de la lutte contre l'apartheid. Seulement 23 ans plus tard, Siya Kolisi devient le premier joueur de couleur à porter le brassard en sélection. Preuve que le rugby sud-africain a encore du chemin à parcourir.

Tout un symbole. Samedi, avant d'affronter le XV de l'Angleterre à Durban, Siya entrera sur la pelouse avec le numéro 6 dans le dos. Le même que Nelson Mandela portait dans les tribunes de Johannesburg lors de la finale gagnée contre la Nouvelle-Zélande en 1995. Un exploit qui avait rassemblé la nation arc-en-ciel le temps d'une compétition. Mais aujourd'hui, la situation est encore perfectible. Largement.

"Quand j'étais petit, souvent, il n'y avait pas de quoi manger chez moi. Je me suis couché plus d'une fois le ventre vide." Dans une interview au Guardian, le nouveau capitaine de l'Afrique du Sud revient sur son enfance marquée par l'absence. L'absence d'argent, de nourriture et d'une mère, décédée alors qu'il n'a que 15 ans. Élevé alors par sa grand-mère, elle lui parle en Xhosa (deuxième langue du pays) et quasiment pas en Anglais. Le rugby sera donc sa nouvelle langue : à l'école, il raconte qu'il se construit et se fait des amis grâce au ballon ovale.

Discrimination positive

Il est repéré en moins de douze ans et va gravir les échelons, lentement mais sûrement, en tant que troisième ligne jusqu'à sa première sélection, à 20 ans. Sur un plan personnel, pendant ce laps de temps, il rencontre sa femme, devient papa et adopte ses deux petits frères, placés en famille d'accueil depuis la mort de sa mère. Mais malgré son pacifisme, son envie de réussir et le symbole qu'il représente, il est souvent la cible d'attaques racistes. Notamment parce qu'il est en couple avec Rachel, blanche de peau.

Depuis la fin de l'apartheid et ce Mondial remporté à domicile, sensé réunir toute une population, les questions de ségrégation raciale sont loin d'être complètement réglées. La grande majorité de la sélection nationale reste blanche par exemple. À tel point que la fédération a instauré des quotas ces dernières années : au moins sept (sur vingt-trois) joueurs non-blancs pour les équipes à chaque match, et la moitié de la sélection devra être composée de joueurs de couleur au Mondial 2019.

L'héritier

Alors quand le sélectionneur nomme un joueur noir au poste de capitaine, le premier de l'histoire sud-africaine, le symbole est forcément retentissant. Mais à l'image de Madiba, Siya Kolisi tempère : "Je ne pense pas à moi en termes raciaux. Quand j'entre sur le terrain, je veux être le meilleur pilier du monde. Si vous pensez en termes raciaux, vous limitez vos horizons." Inspirant.