Le sport chelou du vendredi : le logrolling

Veille de week-end, envie de prendre l'air sans trop savoir quoi faire : chaque vendredi, MOVE IT MOVE IT te propose un sport que tu n'as pas encore essayé.

À l'origine, deux mots : "log rolling". Littéralement, "faire rouler un tronc". Le logrolling serait-il un sport de bûcherons ? Oui, parfaitement. De bûcherons américains, qui plus est. Ceux qui beuglent "TIMBER !" avant d'abattre un arbre. Bien sûr, avant de devenir une discipline sportive, la pratique, ancestrale, était surtout indispensable à l'acheminement des troncs d'un point A au point B. Le fun, lui, est venu plus tard : vers la fin du XIXe siècle, pendant ce que les livres histoires de l'oncle Sam appellent la "great logging era", cette période où l'Amérique était en construction, au sens premier du terme, et avait besoin de bois pour bâtir ses édifices.

Logrollons dans les bois...

Les zones de coupes n'étant alors pas reliées entre elles par des routes, le moyen le plus rapide, pratique et économique, était de faire voyager les troncs d'arbres en utilisant le vaste réseau fluvial qui irrigue le territoire américain. Le bois flotte au gré du courant et, comme avec le traffic routier, des bouchons se forment pour diverses raisons, obligeant les bûcherons à faire la circulation. Que ce soit en vrai, en dessins animés ou dans un documentaire diffusé à 4h du matin, tout le monde a déjà vu des images de ces bûcherons qui, tels des acrobates dans un cirque, se déplacent sur des troncs flottants en les faisant rouler sur eux-mêmes pour ne pas tomber à l'eau. Certains avec plus de réussite que d'autres. La nature humaine a fait le reste, et les premiers défis de logrolling ont commencé à se lancer entre hommes forts. Organisées pendant l'été par les entreprises de bûcheronnage, qui envoyaient leurs meilleurs logrollers, les compétitions étaient alors officieuses et opposaient deux bûcherons sur le même tronc. Le but étant, bien évidemment, de ne pas être le premier à boire la tasse.

Il faut attendre 1898 pour assister aux premiers championnats du monde à Omaha, la plus grosse ville de l'état du Nebraska posée sur les rives du fleuve Mississippi, remportés par un Yankee, Tom Fleming, originaire d'Eau Claire dans le Wisconsin. Ce qui ne s'invente pas. Jusqu'en 1981, les logrollers utilisaient des chaussures à crampons pour optimiser l'adhérence. Ce qui avait aussi pour conséquences fâcheuses de lacérer le bois qui, rappelons-le, a quand même pour principale vocation de constituer une jolie charpente. C'est une Américaine sept fois championne du monde, Judy Scheer-Hoeschler (devenue depuis prof de logrolling dans le Minnesota, ndlr) , qui, en 1981, a l'idée d'enrober les troncs dans une sorte de tapis rugueux pour éviter le gaspillage et surtout propulser véritablement la discipline vers des horizons... disons, plus récréatifs. Si certains puristes ont toujours été opposés à cette idée, il est évident que l'innovation a transformé et démocratisé la pratique, ne serait-ce qu'en multipliant les créneaux d'entrainement possibles.

De quel bois on se chauffe ?

Depuis, si la fin de la "great logging era" et le développement du réseau autoroutier ont mis un terme au traffic fluvial du bois, la tradition, elle, est restée bien vivace. Et s'est même renforcée en 2005, quand la famille de Judy a compris que leur sport favori ne pouvait progresser qu'en trouvant un moyen de remplacer les troncs d'arbres par un produit synthétique plus léger et donc plus facile à transporter de compétition en compétition. C'est leur fille cadette, Aby Hoeschler, qui est chargée de mener à bien ce projet. Elle s'entoure d'une équipe composée de designers, d'ingénieurs et de pros du marketing, pour donner naissance au "Key Log Rolling", un tronc en polyéthylène très dense - la même matière que les kayaks, par exemple - de trois mètres de long et quarante centimètres de diamètre, pour un poids total de trente kilos. Depuis son lancement en 2012, le produit a offert une seconde vie au logrolling, qui peut maintenant être pratiqué par tous, de sept à soixante-dix-sept ans, sans aucun risque et sur tous les plans d'eau.

Pour vous mettre au logrolling, il vous faut d'abord acheter un Key Log pour la modique somme de 2350 dollars (un peu plus de 2000 euros, ndlr) et observer quelques règles de base :

  • Un match se joue au meilleur des cinq manches.
  • Une manche commence lorsque l'arbitre siffle ou crie "Time in !" et se termine lorsque l'un des participants chute.
  • En cas de chutes simultanées, le vainqueur est le dernier à avoir perdu définitivement contact avec le tronc.
  • Il est interdit de toucher son adversaire pour le faire chuter.

Pigé ? Oui ? Alors tous à l'eau avec le retour des beaux jours ! Et n'oubliez pas de gueuler "TIMBER !" avant de faire tomber votre adversaire. Parce que le style, c'est important, même perché sur un tronc d'arbre en plastique.