Sion Jair : le montagnard qui fait reculer Alzheimer

Tous les jours, depuis une dizaine d'années, cet Anglais se lève à quatre heures du matin et grimpe la même montagne, le Old Man of Coniston. La raison ? Il a découvert à cette époque qu'il avait Alzheimer et marche parce que ça l'aide à faire reculer la maladie.

"Parfois, je monte même l'Old Man deux fois par jour." Sion Jair parle lentement et prend son temps avant chacune de ses phrases. Mais quand il s'agit d'annoncer des chiffres et certains de ses exploits, la réponse est directe : "Depuis que j'habite à Ulverston (village du Nord-Ouest de l'Angleterre, au pied du Old Man of Coniston ndlr), soit 18 ans, j'ai parcouru cette montagne 5000 fois. Minimum. J'ai également gravi tous les sommets du Royaume-Uni. Plus ou moins 10000 montagnes en tout et pour tout."

De biker à marcheur

Sion a vu le jour au début des années 50. À l'âge adulte, il travaille en tant qu'ingénieur pour Alfred Herbert, alors le plus grand industriel britannique. Pendant un temps, il est également témoin de Jéhovah, vit près de Birmingham et circule en moto. Souvent, les cheveux au vent, il fait des virées avec ses potes en direction de Londres. De belles années, à l'écouter.

Le "vieil homme du Coniston", enneigé.

Et puis au début des années 80, elles font place à une série de mésaventures. Il divorce, ne voit plus son fils, perd son travail et vit un temps dans la rue. Ces malheurs auront le seul mérite de lui faire découvrir les bienfaits de la marche. Ça l'aide à réfléchir, à faire le point, à régler ses problèmes. Mais, intérieurement, il sent encore que quelque chose ne va pas : il souffre de la pollution et surtout d'une fatigue chronique.

Le vieil homme et la montagne

Un docteur lui conseille alors de changer d'air. Il cherche à s'installer à Cumbria, région du Nord-Ouest de l'Angleterre, et se fait aider par une association. En un temps record, et sans même visiter Ulverston, il accepte la proposition pour un logement et s'installe. Le lendemain, il est déjà en marche et franchit pour la première fois le sommet du Old Man of Coniston.

 

Sion et son amie, Wendy.

Le changement d'environnement lui fait du bien, mentalement. Mais son corps souffre toujours. On lui diagnostique une anémie et prescrit des vitamines B12. Son corps les rejette. Et puis, après de nouveaux tests, des médecins découvrent qu'il a Alzheimer. Et seule la marche semble l'aider : "Je ne sais pas si ça peut me faire guérir. Mais en tout cas, mes docteurs ne m'ont pas contredit : l'activité physique aide à faire reculer la maladie."

Il marche seul

Aujourd'hui, il a 68 ans. Il continue de marcher autant qu'il le peut : "Ces derniers temps, j'ai dû freiner un peu le rythme parce que j'ai eu pas mal de complications avec la maladie." Mais dès qu'il le pourra, il repartira à l'assaut de sa montagne favorite : "Mon amie, Wendy, m'accompagne souvent, mais je préfère marcher seul, tout le monde le sait. Ça me fait moins de distractions comme ça."

Cette montagne, il en connaît tous les chemins, cailloux, arbres. Il a aidé plusieurs fois des touristes perdus et toujours sans GPS. Un outil dont il ne comprend pas vraiment l'utilité : "Les gens perdent leur capacité d'orientation avec. Et quand un GPS tombe en panne, ils sont perdus et ne profitent plus du paysage. Quand tu as Alzheimer, c'est important de reproduire des gestes qui te sont familiers. Cette montagne, je la connais par cœur et je pense que ça m'aide à me souvenir, à faire marcher ma mémoire."

Alzheimer's Society

Quand il lit, il oublie parfois le début de sa phrase. Quand on lui pose une question, il s'excuse souvent et demande à ce que la personne répète. Mais Sion s'accroche et aime faire part de sa situation et de ses solutions pour que d'autres personnes puissent suivre son exemple : "Je travaille aujourd'hui avec Alzheimer's Society (une association caritative, ndlr) et dès que je marche, ou organise un événement, j'essaye de le faire avec et pour eux."

Et puis, il est généralement très lucide quant à sa situation : "Je ne pense pas que je vais mieux, mais je ne pense pas que je vais plus mal non plus. Ce qui est ironique, c'est que je me souviens par exemple que j'avais une bonne mémoire avant, sans pour autant me souvenir pourquoi j'avais une bonne mémoire." Une chose est sûre : l'humour british, lui, ne s'oublie pas.