Le sport chelou du vendredi : le Kabaddi

Veille de week-end, envie de prendre l'air sans trop savoir quoi faire : chaque vendredi, MOVE IT MOVE IT te propose un sport que tu n'as pas encore essayé.

Sport national du Bangladesh, le kabaddi est une discipline née en Inde, pays triple champion du monde de la discipline. C'est même l'une des plus anciennes de la péninsule indienne, puisque certains historiens lui donnent un âge canonique d'environ 4000 ans. Pour faire simple, le kabaddi est un mélange d'épervier, de rugby et de sports de combat. À l'origine développé comme technique d’autodéfense contre des groupes d'ennemis, le kabaddi découlerait directement de la mythologie hindou. Dans la légende du Mahabharat - celle qui raconte l'histoire de la dynastie Bhārata -, Abhimanayu, guerrier du Pandavas avait réussi à pénétrer dans le camp ennemi pour y tuer sept soldats, mais était mort avant de pouvoir revenir parmi les siens.

Kabaddi a dit...

Une légende qui résume parfaitement les règles du jeu. Deux équipes de sept s’affrontent sur un terrain vierge équivalent à un court de tennis. Un chasseur - appelé "raider"- doit pénétrer dans le camp adverse pour y toucher du pied ou du bras un ou plusieurs défenseurs - qui forment une ligne en se tenant par la main - avant de retourner dans son camp sans se faire attraper par la défense. S'il y parvient, il élimine alors tous les adversaires qu'il a réussit à toucher. L'assaut dure trente secondes pendant lesquelles le chasseur doit répéter le mot "kabaddi" sans reprendre sa respiration. D'ailleurs, en sanscrit, "kabaddi" signifie "retenir son souffle". De leur côté, les défenseurs ont donc pour mission d'éviter de se faire toucher et d'éliminer le raider en l'immobilisant avant qu'il ne rejoigne son camp. Un raider éliminé ne peut revenir en jeu que lorsqu'un autre raider de son équipe parvient à sortir un adversaire. Détail important : un raider qui parvient à atteindre son camp élimine alors tous les défenseurs qui sont entrés en contact avec lui, même ceux qui l'auraient plaqué in extremis. Pas si simple, n'est-ce pas ? Un match se décompose en deux mi-temps de vingt minutes (quinze pour les femmes), et l'équipe qui compte le plus de points à l'issue du temps réglementaire remporte la partie.

Particulièrement développé dans les milieux ruraux - car il suffit de tracer un terrain pour y jouer -, le kabaddi est aujourd'hui pratiqué un peu partout en Inde, et par tout le monde, quelle que soit sa caste. Sans doute parce que les écoles du pays l'ont intégré à leur cursus d'EPS et proposent quasi toutes une séance hebdomadaire à leurs élèves. Akshay Bakaya, enseignant d’hindi à Sciences Po et auteur d'une thèse où il évoque le kabaddi, confirme dans un article publié sur le site internet du Monde : "C’est un sport du peuple, du pauvre. On peut y jouer avec rien. Mains nues, pieds nus et on enlève même la chemise. On n’est pas obligé d’être sept contre sept, comme dans la version officielle : si on est huit, on joue à quatre contre quatre. Un peu comme on peut jouer au football dans la rue". Sens du collectif en défense, prise d'initiatives individuelles en attaque, réactivité et force physique pour résister aux impacts, le cocktail kabaddi est plutôt complet.

Tous kabaddix ?

Discipline officielle aux neuvièmes Jeux asiatiques de 1951 à New Delhi, le kabaddi s'est depuis répandu dans le reste du continent et est aujourd'hui adopté par le Japon, la Chine, la Malaisie, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka, le Nepal, le Boutan et la Corée du Sud. Suffisant pour le propulser au programme des Jeux Olympiques ? Pour Akshay Bakaya, la réponse est non. Selon lui, l'Inde devra d'abord être en mesure d'organiser une olympiade pour envisager de proposer la discipline au CIO : "On ne peut même pas rêver à ça pour le moment. En 2010, l’Inde a organisé les Jeux du Commonwealth. Ils ont fait tomber le gouvernement… On cache les pauvres au nom de l’image du pays. Il y a eu des scandales de corruption. L’organisation du sport est très mal réputée en Inde." Peut-être car, comme le rappelle l'enseignant, l'élite indienne ne place pas le sport au centre de ses priorités : "La faiblesse du sport de haut niveau en Inde tient à la structure de notre société. Pour les hautes castes, le sport ne compte pas beaucoup. Le brahmane est celui qui étudie, qui détient la parole. Les ingénieurs et les médecins sont plus valorisés, les sportifs un peu oubliés, voire méprisés. Souvent, ils viennent de milieux plus populaires". Là où, comme partout ailleurs sur la planète, le sport vit, respire et gagne ses lettres de noblesse.