Les conseils de Jean-Philippe Cabral, sumotori #1 français, pour devenir un pro du Sumo

S’il y a un sport aussi fascinant qu’inaccessible, c’est bien le Sumo. Régi par des règles et des traditions ancestrales, on pourrait penser que cette discipline est inaccessible pour les Français que nous sommes. Faux ! Jean-Philippe Cabral, 45 ans, est le seul sumotori amateur français à concourir en compétition internationale, avec succès. Il nous a parlé - avé l’accent de Marseille - de cette pratique passionnante, encore trop méconnue en occident. Vous laisserez-vous tenter ?

© Mandawa Sport

Konbini - Comment avez vous découvert le Sumo ?

Jean Philippe Cabral - Je pratique le karaté depuis 1993. Mon professeur, qui est un ami maintenant, était très ouvert sur milieu des arts martiaux et nous encourageait à nous renseigner sur d’autres disciplines.

En 1995, le président Chirac, un grand fan de Sumo, a été à l’origine d’un tournoi à Bercy. Et puis à l'époque, le Sumo était diffusé sur Eurosport. Tout cela a contribué à éveiller ma curiosité de combattant.

Je me suis alors renseigné en lisant Mémoires d’un lutteur de Sumo de Kirishima Kazuhiro (un ancien grand champion de la discipline). Il y décrit tout un univers, avec ses contraintes, ses entrainements difficiles, tout cela ça m’a beaucoup plu. Plus tard, avec internet, j’ai pu me renseigner davantage et apprendre la discipline.

Comment internet vous a aidé dans cet apprentissage ?

Disons qu’avec internet, on a pu se perfectionner. Au début, c’était juste une expérience de combattant. Je pensais qu’il n’existait qu'un Sumo traditionnel mais avec internet, j’ai découvert qu’il y avait de l'amateur. J’ai décidé de m'y mettre. En 2007, j’ai fait mon premier tournoi à l’étranger.

"Pour les occidentaux, l’athlète est celui qui a de superbes abdos et des pectoraux bien taillés."

Aujourd’hui, le Sumo traditionnel est diffusé sur la TNT. Vous pensez que ça peut créer une nouvelle génération d’amateurs ?

En nombre de pratiquants, je ne pense pas. Mais ça met en lumière le sport tout en cassant les préjugés. Le Sumo est une discipline qui suscite beaucoup de clichés. Pour les occidentaux, l’athlète est celui qui a de superbes abdos et des pectoraux bien taillés. Quand on voit quelqu’un avec un physique différent, on a tendance à penser que son sport n’est pas esthétique.

Est-ce que vous avez changé de régime depuis que vous pratiquez le sumo ?

Non le régime n’a pas changé, je combat en amateur dans ma catégorie de poids. Je faisais 85 kilos avant et en me renforçant au fil des années, j’oscille maintenant entre 89 et 92 kilos.

Le Sumo en amateur n’est pas une question de poids. C’est du timing, de l’équilibre, du mental.

Dans les années 60, un Yokozuna (rang le plus élevé des lutteurs Sumo, ndlr) a dit : “le Sumo atteint son paroxysme quand un petit bat un grand."

Même chez les professionnels, il y a des légers qui arrivent parfois à battre des colosses, sur la vitesse, le déséquilibre. Il faut savoir que dans le Sumo traditionnel japonais, il n’existe pas de catégorie de poids. La grand majorité des athlètes se situent entre 150 et 160 kilos.

Regardez les combats de Mainoumi ou de Ura sur internet, des lutteurs de petits gabarits. Vous verrez que le Sumo, c'est ultra technique.

© Jean-Philippe Cabral

"Quand je pars faire un combat open à Milan, c’est moi qui paye le billet d’avion. Tout est à mes frais."

À quoi ressemble votre palmarès de sumotori ?

En 2010, j'ai fini 3ème d'un tournoi en Estonie. J’ai été deux fois 3ème de l’Open International de Milan en 2015 et 2016. En Italie, il y a une fédération de Sumo qui suit les athlètes et ouvre des grandes compétitions. Mais quand on n’a pas de fédération (comme en France), on ne peut se contenter que des tournois ouverts aux amateurs : les opens.

Pour le Sumo, il n’y a que deux grands opens en Europe. Je pourrais participer à plus de compétitions mais je me finance tout seul. Quand je pars faire un combat open à Milan, c’est moi qui paye le billet d’avion. Tout est à mes frais.

Le Sumo en france est dans la débrouille ?

Complètement. On économise et quand on peut participer à un tournoi, on y va. Nous sommes des sportifs et nous faisons ça par pure passion. 

Quelles-sont les différences entre le Sumo amateur et traditionnel ?

En amateur, il y a des catégories de poids, contrairement au Sumo traditionnel. En amateur, les femmes peuvent participer, ce qui est interdit en professionnel, par rapport à la religion Shinto.

Les règles sont identiques, le diamètre du cercle limitant le dohyo est le même et les styles de combats se ressemblent.

On trouve deux styles de sumo : le oshi-sumo, un sumo de poussée, où le combattant utilise son corps et ses bras pour déstabiliser ou frapper l’adversaire afin de le faire sortir du cercle.

Et le yotsu-sumo : un sumo de corps-à-corps. Là, on cherche à saisir la ceinture, faire des projections, des crochetages ou des balayages afin de faire toucher le sol à l’adversaire avec une autre partie du corps que ses pieds. Ces deux styles résultent des deux règles de base du sumo : ne toucher le sol qu’avec ses pieds et rester dans le cercle.

Comment on s’entraine pour devenir sumo ?

En amateur, on pratique les bases : on a le shiko, c’est le lever de jambes traditionnel que l’on voit pendant les saluts lors des combats professionnels. On met tout son poids sur une jambe, puis sur l’autre, en faisant un squat entre les deux. Ça améliore l’équilibre et renforce les muscles. Les professionnels en font 500 par jour, tous les jours. Moi je peux en faire 200 sans problème les jours d’entrainement.

Le shiko © Presse Sports

Un autre exercice est le suri ashi : il faut avancer en restant très bas, sans décoller la pointe des pieds du sol. Ça apprend au lutteur à travailler en baissant son centre de gravité.

Enfin, on peut citer le Butsu gari geiko : un lutteur se met en face à l’autre en position de fente (comme au fitness). Le premier écarte les bras, le deuxième le charge à pleine puissance et celui qui encaisse la charge essaye de résister un maximum. Cet exercice est pratiqué chez les professionnels jusqu’à épuisement.

Imaginez un jeune français dont le rêve est de devenir sumotori professionnel. A-t'il des chances de le réaliser ?

C’est possible mais très difficile. Déjà, il y a la barrière de la langue et puis c’est difficile pour des parents de voir partir son gamin à 13 ans, seul, dans ce monde très féodal qu’est le Sumo.

Les jeunes lutteurs doivent intégrer un heya, qui pourrait, dans ce domaine, être traduit comme “écurie” ou “confrérie.” Pour intégrer son heya, il y a beaucoup de critères : des européens ont déjà réussi. Le plus célèbre étant l’estonien Baruto. Il y a aussi Kotooshu, un bulgare très célèbre que les japonaises appelaient le "David Beckham du Sumo."

© Jean-Philippe Cabral

Que pouvez-vous conseiller comme livre pour un curieux qui veut s’intéresser à l’art du Sumo ?

Pour se renseigner, il y a le site Dosukoi. En ouvrage littéraire, je conseille Mémoires d’un lutteur de Sumo, un superbe livre. Il y a aussi un documentaire français qui vaut le coup d’être vu : Sumo, gardien de la tradition.

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Exercices, entrainement, règles de bases… Vous savez tout pour devenir le parfait Sumo amateur. Frappez à la porte du Paris Sumo de la part de M. Cabral, c’est l’unique club de France. Sinon, vous pouvez opter pour un voyage au Japon pour les JO 2020, il parait que les meilleurs des supporters sont là-bas. À vous de jouer !  

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.