Avec un record du monde à son actif, Pascal Pich est le roi du vélo d'appartement

Ce week-end, c'est le début du tour de France. On va donc parler de vélo à tout-va pendant trois semaines. L'occasion de se pencher sur leur premier outil de travail, le home-trainer ou vélo d'appartement, et sur le recordman du monde de la distance parcourue dessus, Pascal Pich. Un légionnaire de 54 ans qui n'a toujours pas rencontré ses limites.

Sourire timide, sac de sport en bandoulière, Pascal Pich a une poignée de main qui en dit long sur le bonhomme : ferme, sans pour autant être hostile. Accueillante, même. Un homme avenant, affable, mais qui, à n'en pas douter, se sent mieux en plein effort. Cette poignée de main dévoile aussi le sportif en béton armé qu'il est.

Le Perrier - citron, la boisson des champions.

Triathlète, déca-triathlète (un ironman multiplié par dix, soit 38 kilomètres à la nage, 1 800 kilomètres à vélo, 423 kilomètres de course à pied), le Nîmois détient surtout un record inhabituel : le 8 mai dernier, à la Foire de Paris, il a parcouru la plus grande distance possible sur un vélo d’intérieur. C'est à dire 3 165,4 kilomètres en 144 heures, ce qui équivaut à 6 jours et 6 nuits d'effort. Un extra-terrestre, on vous dit.

Du 18e siècle à Black Mirror

Le premier prototype de vélo d'appartement, le Gymnasticon, a été conçu par Francis Lowndes en 1796. Son idée ? Huiler les articulations humaines et prouver que l'exercice physique a un impact positif sur la santé. Une réussite puisque le vélo d'appartement est devenu, les années passant, l'un des alliés préférés des ménages qui veulent s'entretenir sans avoir à sortir de chez eux. Et, aujourd'hui, s'il est avant tout un outil professionnel sur le Tour de France, le vélo d'appartement a conquis nos habitudes. Il fait partie du paysage urbain intérieur et ne choque plus.

Pourtant, le vélo d'appartement est, par définition, un oxymore. Stephen King, dans sa nouvelle Stationary Bike, ou encore Charlie Brooker dans un épisode de Black Mirror ont d'ailleurs utilisé ce paradoxe cycliste (pédaler pour rester sur place ?) et son côté abrutissant pour servir leur récit d'asservissement. Et c'est en ça que l'exploit de Pascal Pich est grand : à l'effort physique, s'est ajoutée une dimension mentale non négligeable.

Deux heures de sommeil par nuit

"Sur ce genre de record, j'essaye de ne pas penser. Je dis souvent que je mets mon cerveau de côté et que je ne le récupère qu'à la fin. J'ai pédalé avec des collègues de la Légion Étrangère par exemple, ils se relayaient toutes les deux heures, donc ça me permettait de discuter un  peu. Et puis le public qui passe, qui pose des questions, ça aide aussi. Le plus compliqué, en fait, c'est quand arrive l'heure de la fermeture de la foire, qu'il n'y a plus personne et qu'on se retrouve à deux ou trois, de 22 à 7 heures du matin, seul avec ses pensées. Ce n'est plus la même motivation. Je me suis souvent posé la question : 'Qu'est ce que je fous là, quoi ?' Mais voilà, mon cerveau est formaté pour ça, même si j'ai des phases de galère, je continue."

Sur le record du monde, avec son fils.

Autre exploit, et pas des moindres : lutter contre le sommeil. Après avoir fait des tests à l'INSEP, Pascal s'est rendu compte qu'il était capable de récupérer très vite : "Ma phase d'endormissement profond, celle où je récupère vraiment, elle arrive tout de suite dans mon sommeil. Et du coup, si je dors entre 1h50 et 2h par nuit, ça me permet de récupérer comme si j'avais dormi 8h." Sur les six jours à la foire de Paris, c'est d'ailleurs ce qu'il fait : des nuits de deux heures environ chaque soir. Au bout des six jours et de son record du monde, il ne s'évanouit même pas et revient à son rythme normal en à peine une soirée.

Limites financières

D'abord footeux puis judoka dans son enfance, passé par l'armée à l'âge adulte, et aujourd'hui réserviste à la Légion Étrangère, Pascal a découvert assez tôt son goût pour l'effort individuel. Et c'est un peu par hasard, sans vraiment d'entraînement, qu'il se lance dans des triathlons à la fin des années 80. Un goût pour le dépassement de soi qui ne le quittera jamais vraiment : "J'aime m'entraîner parce que j'ai un objectif. Et c'est là que je peux aller très loin. À l'inverse, quand je n'ai pas de but, j'ai du mal à trouver la motivation. J'admire les sportifs du dimanche pour ça."

Selon lui, il ne cherche pas non plus les records pour la lumière. Pas que, en tout cas : "On a tous besoin de reconnaissance quand on fait du sport. Mais, franchement, me retrouver sur un bouquin (le livre Guinness des records, ndlr) à côté d'un mec qui a poussé un petit pois avec son nez sur une piste de 400 mètres, non merci. Je fais ça parce que j'aime ça, repousser mes limites." En parlant de ça, ses limites, il les rencontre actuellement. Et elles sont avant tout financières, même s'il avoue ne pas trop goûter cette partie commerciale dans le défi : il cherche encore des financements pour réaliser six déca ironman sur une année. Oui, vous avez bien compris : 6 x 10 triathlons = 6 x (38+1800+423) = 13 566 kilomètres. Toujours plus haut, toujours plus loin.