Sauvé par le sport : Corentin Clément bat l’anorexie en 4 ans pour devenir champion de Force Athlétique

Près de Metz, dans le petit village de Créhange, se trouve une future légende de la force athlétique. À 18 ans, Corentin Clément peut soulever 340 kilos sans forcer . C'est simple, il compte devenir le meilleur athlète de l'histoire de ce sport. Avec tout l'avenir devant lui, il revient de loin et est doté d'une determination sans faille. Rencontre avec le jeune colosse pour une discussion de force.

(c) IPF

Konbini - Salut Corentin, tu n'es pas encore connu du grand public. Est-ce que tu peux te présenter ? 

Corentin Clément - Je viens de Créhange, un petit village dans la Moselle. J’ai fait un BAC S et là je suis en première année de médecine à 18 ans, avec une année d’avance.

J'ai fait beaucoup de foot, de mes 3 ans à mes 15 ans. Puis j’ai fait de l’anorexie. j’ai perdu énormément de poids, c’est là que je me suis mis à la musculation pour reprendre des forces.

J’ai repris du poids avec la muscu et j’ai vu que j’étais prédisposé aux sports de force,  j’ai continué là dedans. Je me suis lancé.

En voyant une photo de toi, on a du mal à croire que tu étais touché par l'anorexie il y a 4 ans. C'est venu comment ?

C’est toujours difficile d’expliquer d’où vient l’anorexie car chacun a son point de vue. On n’a pas vraiment diagnostiqué de cause précise mais je pense que j’ai des problèmes de relations sociales, avec ma famille… En fait je suis un solitaire, je pense que ça vient sûrement de là. 

On peut dire que la musculation t’as sorti de cette galère ?

La muscu m’a sauvé la vie, je devais être hospitalisé. Je n’arrivais pas à m’en sortir, c’était soit ça, soit j’allais à l’hôpital sans savoir ce qui allait arriver après.

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Quelqu’un t’a aidé dans cette période ? Est-ce qu’on t’a conseillé la musculation ?

À l’époque, il commençait a y avoir les premiers youtubeurs muscu. En regardant, je me suis dit “pourquoi pas, ça ne pourra pas me faire de mal.” Alors je me suis lancé.

Je regardais les vidéos de Tibo InShape à l'époque où il venait de commencer sur Youtube. Je connaissais quelques personnes qui allaient à la salle et tout ça m’a motivé.

Peux-tu expliquer à nos lecteurs ce qu'est la force athlétique ? 

Ce n’est pas un sport olympique mais c'est en passe de le devenir, on la pratique aux World Games pour l’instant.

C’est un sport en trois mouvements de musculation : le squat, le développé couché, le soulevé de terre. Tu choisis le nombre de kilos que tu veux soulever sur chaque exercice et tu transmets ce chiffre au juge. Ensuite, sur chaque mouvement, tu as le droit à trois essais, sans pouvoir descendre le poids que tu as annoncé au juge.

Le but final est de totaliser un maximum de poids en additionnant les trois exercices. Celui qui a le plus gros total l’emporte dans sa catégorie de poids et d’âge.

Tu es dans quelle catégorie ? C’est quoi le poids le plus lourd que tu as soulevé ?

Cette année je suis en moins de 18 ans et moins de 105 kilos. À l’entrainement, au squat j’ai soulevé 310 kilos, en développé couché 200 kilos et au soulevé de terre 340.

Mon plus gros total s'élève à  783,5 kilos. C’est un record du Monde dans ma catégorie.

310 kilos c’est à peu près le poids d’une belle Harley Davidson, j’imagine que les gens doivent te lancer des défis parfois ?

(Rires) Oui , les gens ne se rendent pas trop compte de ce que représente 300 kilos donc ils me lancent des petits défis. Même à la salle ça arrive. Mais j’évite de céder, parce que tu peux te blesser bêtement.

Qu’est-ce qu’il se passe dans ta tête quand tu t’apprêtes à soulever ?

Honnêtement, je ne pense à rien. Je fais le vide et me concentre sur mon objectif. Je fais beaucoup de visualisation mentale, je m’imagine en train de le faire et je me lance.

Sur l’entrainement, tu procèdes comment ?

Je fais en fonction des périodes. Quand je suis assez loin des compétitions, il m’arrive de monter à 14 séances d’entrainement par semaine. J’ai fait ça quasiment toute l’année dernière.

Sinon, ce sont des variantes des mouvements que je fais en compétition. À coté de ça, je fais de la réhabilitation et de la prévention pour éviter les blessures. Je marche beaucoup, histoire de garder un bon cardio. Voilà mon entrainement.

"Dans les 5 ans, je veux devenir le meilleur athlète que ce sport ait jamais connu."

Niveau nutrition, j’imagine que tu suis un régime précis, c’est pas trop difficile au quotidien ?

Ce que je fais, c’est que je calcule les apports dont j’ai besoin. Je sais combien de calories je dois manger, de protéines, de glucides… Après je fais des choix simples pour remplir toutes les cases au quotidien. Les gens voient ça comme un effort, sauf que si j’ai pas mes apports journaliers, je vais pas pouvoir m’entrainer correctement, je vais être fatigué… Du coup c’est devenu normal pour moi, et simple à appliquer.

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Quel est ton objectif d’athlète ? Tu te vois où dans 10 ans ?

dans 10 ans, j’aurai fini mes études. J’espère que je pourrai continuer à faire du sport, parce que à haut niveau, ça use. Mais dans l’idéal, toujours là à profiter.

J’ai des projets en cours : cette année j’ai ouvert un club, Team Costoc, pour permettre aux gens de la région de s’affilier à la Fédération Française de Force. Allez voir la page Instagram

Je vais surement ouvrir une petite salle pour les pratiquants et on verra ce que ça donne. Sinon, à moins que j’arrive à vraiment à percer dans ce sport et gagner ma vie grâce à ça, j’aurai mon métier de médecin à côté.

Mais d’ici là, disons d’ici 5 ans, je veux d’abord devenir le meilleur athlète que ce sport ait jamais connu.

Ton entourage en pense quoi de tout ça ? Parce que bon, 105 kilos de muscle à 18 ans c’est peu commun…

Je m’entoure de plus en plus de personnes qui connaissent ce sport, qui sont au courant de ce que je fais, du coup j’ai de moins en moins de réflexion. Après je suis une sorte de mascotte. Les gens me disent que je dégage un certain enthousiasme. À la salle, je motive les gens, j’essaye de répandre une bonne énergie.

Et puis il y a les haters. Sur les réseaux, les gens ont la critique facile. Quand tu atteins un certain niveau, les critiques, les jaloux, tu en as de plus en plus, donc je prend ça comme du positif !

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Tu as une idole ?

Honnêtement non. Je ne suis pas quelqu’un de très sociable ni émotionnel, donc j’évite de me comparer à quelqu’un car ça fixe des limites. Ce sport est en pleine expansion, chaque année il y a de nouveaux profils de plus en plus forts et pour moi, l’objectif, c’est d’être meilleur que n’importe qui.

C’est quoi l’objectif côté médecine ?

C’est simple : je devrais avoir mon statut de sportif de haut niveau cette année, le moment où je recevrai ce statut déterminera ce que je vais faire en médecine derrière. Si j’ai le statut de sportif de haut niveau cette année, j’aurai la chance de pouvoir aménager mes études autour de ça. Dans ce cas là, je choisirai une médecine compliquée, dans le dentaire par exemple. Sinon je partirai sur du plus simple comme de la kiné, pour me spécialiser dans l’ostéopathie par la suite. 

Tu as un conseil à donner à un jeune qui veut se lancer dans la force athlétique ?

Disons-le, au début ça va être compliqué. Il faut persévérer, on ne devient pas bon du jour au lendemain. À force de patience et de travail, vous y arriverez !

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On espère que la force athlétique sera un jour aux Jeux Olympiques ! Si oui, retenez bien le nom de Corentin Clément, car il fait clairement le poids pour rapporter une médaille à la délégation Française. L'histoire de Corentin vous a touché et vous souhaitez vous y mettre ? Faites un tour sur le site de la FFForce.

 

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.