Portrait de guerrière : Mouna Chebbah, la machine tunisienne

A 36 ans, Mouna Chebbah compte parmi les handballeuses les plus talentueuses et les plus titrées du monde, et cette joueuse au parcours hors-du-commun ne prévoit pas de s’arrêter là.  

© Asics

La première chose qui vient à l’esprit quand on se penche sur la carrière de Mouna Chebbah, c’est que la réalité dépasse la fiction. Si cette expression a été largement galvaudée par les années, elle prend ici tout son sens tant son histoire ferait un bon film. Et pour cause, malgré son palmarès exceptionnel, cette jeune femme originaire de Mahdia, en Tunisie, aurait bien pu ne jamais mettre la main sur un ballon de handball. Ce qui aurait été franchement dommageable pour l’ensemble de la discipline puisqu’elle a ramassé par dizaines les titres individuels et collectifs en Tunisie, en France et, surtout, au Danemark, considéré comme le championnat le plus relevé du monde. Petite leçon de rattrapage sur l’histoire improbable et le palmarès spectaculaire de celle qu’on a surnommée la Jackson Richardson féminine.

Un long chemin jusqu’au hand

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Dès son enfance, Mouna pose sur le sport un regard différent de celui des autres jeunes et ne cherche ni la gloire ni les titres. “L’envie, le but, c’était d’abord d’aider ma famille en gagnant un peu d’argent. J’avais envie de nous sortir du niveau de vie qui était le nôtre”, raconte la joueuse. Et d’ajouter : “C’est pour ça que dès le début, j’ai voulu être professionnelle. Je voyais à la télévision que ceux qui y parvenaient pouvaient changer la vie de leurs familles et je voulais faire la même chose.” A 15 ans, elle se lance donc avec toute la détermination dont elle est capable. Et ce n’est pas peu dire.

Mais Mouna ne choisit pas le handball, lui préférant l’athlétisme, en particulier le 1.500 mètres. Si la future championne atteint très vite un excellent niveau, elle est contrainte d’arrêter. “C’est un sport qui demande énormément d’énergie et j’ai donc perdu beaucoup de poids en montant en niveau. Et ce jusqu’à ce que mes parents me demandent de changer de sport pour ma santé. C’est là que je me suis dirigée vers le handball, parce que nous avions une bonne équipe de mecs à Mahdia.” Sauf qu’à ce moment-là, Mouna a déjà 18 ans et qu’aucun club ne veut d’une joueuse aussi “âgée” et sans expérience.

La force de travailler seule

“J’ai été refusée trois fois avant qu’un club finisse par m’accepter. Puis, même là, je suis restée un moment sur le banc, jusqu’à ce que l'entraîneur me donne une chance pendant une finale junior qui était télévisée”, se souvient Mouna. Ce jour-là, la jeune joueuse inconnue marque beaucoup. En fait, elle marque tellement qu’elle est même remarquée par le sélectionneur tunisien qui regarde le match. C’est ce jour qui marque le démarrage d’une carrière de légende.

Pourtant, Mouna n’est pas uniquement passée du statut de petite nouvelle déjà trop vieille à celui d’étoile montante grâce à son talent. C’est surtout son travail qui a payé. “Même avant d’être acceptée dans un club, je m'entrainais beaucoup toute seule.  Pour gagner en puissance, j’allais travailler avec les ouvriers de la carrière près de chez nous et après l’école je tirais au but avec mon oncle, un ancien gardien de foot qui n’a pu faire carrière.” Sans parler des vidéos que Mouna regarde en boucle pour peaufiner sa technique. “J’en regardais beaucoup - surtout du hand danois que je considère comme de l’art - puis j’essayais de reproduire les coups que j’avais vus”, continue la championne. Le tout avec des ballons crevés qu’elle remplissait d’eau pour les alourdir. Un vrai scénario de film qu’on vous dit.

Pas une étoile, une pluie de météorites

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Et Mouna a clairement bien fait d’insister puisqu’après cette finale, elle voit sa carrière décoller et quitte rapidement la Tunisie. C’est finalement au Danemark, véritable temple du handball mondial, qu’elle révèle l’immensité de son talent. Quatre fois vainqueure de la coupe du Danemark, une fois de la Super Coupe du Danemark, une fois du championnat national, une fois de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, Mouna a tout gagné avec son club du Viborg HK.

Mais ce n’est pas tout, véritable âme de la sélection tunisienne, elle l’a conduite à la victoire au championnat d'Afrique des Nations en 2014. Une fierté immense pour la joueuse qui officie aujourd’hui au Chambray Touraine Handball (CTHB). “J’ai aussi le record du nombre de buts marqués en sélection tunisienne, mecs et filles confondus, 1.036 buts”, glisse-t-elle avec malice. Car oui, Mouna n’est pas qu’une acharnée du travail et de la victoire. C’est surtout un lance-missile inarrêtable capable de faire trembler n’importe quelle équipe.

Rêves et sagesse

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Ces succès ne suffisent toutefois pas encore à combler Mouna Chebbah qui, à 36 ans, a encore de nombreux rêves. “Oui, je rêve toujours d’emmener la Tunisie aux Jeux Olympiques”, admet-elle sans détour. Et ce bien qu’elle ait déjà dépassé l’âge auquel la plupart des joueuses ont quitté le circuit professionnel depuis plusieurs années. “J’ai un autre petit rêve : avoir le record de longévité en tant que joueuse professionnelle”. Et quoi de plus normal pour celle qui a commencé le handball si tard. “Le handball, c’est dans mon sang, c’est ma vie, et je veux montrer qu’une femme de plus de 30 ans n’est pas vieille. Que si on travaille dur, qu’on est sérieuse, on peut encore jouer comme une jeune sur le terrain, avoir le même physique”, défend-elle fermement.

Même dans ses combats, Mouna impressionne par sa force de volonté. Car si elle reconnaît qu’elle s’est un peu calmée sur les entraînements en solo pour s’en remettre au programme établi par son club, ce qui fait sa force est toujours là. En effet, même si elle a déjà prouvé à ceux qui n’ont pas cru en elle qu’on pouvait commencer tard et devenir une championne, elle aime toujours autant la victoire et décrocher des titres pour son équipe, en club comme en sélection. Et surtout, elle croit toujours à la force du travail. “Bien sûr, il faut croire en ses rêves mais il faut surtout travailler dur, plus dur que tous les autres. Si tu ne travailles pas plus dur que les autres, tu seras au mieux aussi bon qu’eux, jamais meilleur.”

A méditer avant votre prochaine session d'entraînement.  

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.