Aurélien Evangélisti, Dieu des Joutes : “Ce qui m’a fait tenir, c’est la détermination”

Légende vivante des joutes, Aurélien Evangélisti est célèbre pour son incroyable longévité dans ce sport très physique. Son secret : sa détermination sans faille et sa capacité à faire le vide pour être prêt au moment opportun. De quoi vous donner des idées pour aborder votre prochaine séance de sport ou compétition.

© Julien Boudet, Bleus Visages

“Le Patron”, “Le Dieu des joutes” ou encore “la montagne sétoise”, nombreux sont les surnoms qui ont été attribués à Aurélien Evangélisti. Et pour cause, à 39 ans, il est aujourd’hui le joueur le plus titré de l’histoire des joutes avec 126 tournois remportés dont 88 dans la catégorie “lourd” et 10 au Grand Prix de la Saint-Louis, plus prestigieuse des compétitions de ce sport méconnu et point d’orgue de la saison. Et s’il a aujourd’hui pris sa retraite, Aurélien a toutefois jouté pendant 23 saisons dont la majeure partie au plus haut niveau.

Or, une telle longévité est rare dans ce sport bien plus violent et physique qu’il n’y paraît. Car, pour ceux qui ne le sauraient pas, les joutes consistent à faire tomber l’adversaire de son bateau sans tomber du sien. Le tout perché sur une plateforme à 3 mètres de l’eau, équipé d’une lance de 2,80 m et d’un pavois de 70 x 40 cm. Et autant vous dire qu’il vaut mieux avoir des bras et de la masse musculaire pour ne pas se faire “jeter” au moindre choc.

Détermination et concentration comme alliées

© Aurélien Evangelisti

Et quand on demande à Aurélien Evangélisti ce qui lui a permis de rester au sommet aussi longtemps, le mot vient tout de suite : “La détermination”. Il précise : “Certains disent que c’est mon poids qui faisait la différence et c’est vrai que ça m’a sûrement aidé. Mais pour moi, ce qui m’a fait tenir, c’est la détermination. C’est ce qui maintient cette envie permanente de remporter des tournois, qui fait qu’on essaie de s’entretenir physiquement, et qu’on essaie de tirer les leçons de chaque défaite pour réajuster le tir la fois suivante.” Autre élément de taille, Aurélien est connu pour sa façon de se concentrer pendant les tournois, seul au bord de l’eau, loin des festivités. “On me l’a parfois reproché, mais je ne voulais pas me laisser polluer par l’environnement souvent festif des joutes. Et puis, on attend parfois des heures avant les phases finales, c’est facile de se laisser aller”, explique le champion sans concession. Une manière de vous rappeler qu'à la veille d'un effort physique intense, il vaut parfois mieux privilégier une nuit de repos plutôt qu'une sortie endiablée entre potes.

© Yvan MARCOU

Le plus intéressant, c’est que chez Aurélien, la force mentale va se loger à tous les niveaux de son approche sportive. Renforcement musculaire pendant l’hiver, préparation physique et entraînements intensifs, cet ancien rugbyman ayant pesé jusqu’à 210 kilos a beaucoup travaillé pour rester au niveau. Y compris sur le plan technique. “Comme on dit au rugby, pour passer d’une pièce à l’autre, on passe par une porte, pas à travers un mur. C’est pour ça que j’essayais toujours de jouter sur les points faibles de mes adversaires, plutôt que de m’appuyer uniquement sur mes points forts, ça a pu faire la différence”, raconte-t-il lucidement. Il résume : “Tout ça, c’est du travail. Derrière tous les grands champions, peu importe la discipline, il y a toujours d’énormes quantités de travail. Le talent ça ne suffit pas”.

Un parcours qui forge

Mais si les méthodes et le travail sont des éléments contrôlables, ce n’est pas toujours le cas de nos parcours de vie. A n’en pas douter, celui d’Aurélien a participé à forger la légende qu’il est devenu. Né à Balaruc-le-Vieux, il baigne dans la culture andalouse des chevaux et des taureaux. Pas celle des joutes. Même s’il y est né, il vit à quelques kilomètres de Sète et à l’époque cela suffit pour qu’il n'intègre pas une école de joutes à 3 ou 4 ans comme c’est le cas des enfants des vieilles familles sétoises.

Ce n’est qu’à 14 ans, “par accident”, qu’il s’y met. Parce qu’il est costaud et que ses amis jouteurs pensent qu’il pourrait être bon. Les résultats viennent vite mais il est surclassé, il prend beaucoup de coups, pourtant il tient bon. Et même quand ça marche, Aurélien garde la tête froide. “Aux joutes, quand on est jeune et nouveau, on peut surprendre et faire de bons résultats rapidement. Le plus dur, c’est de confirmer dans le temps”, développe l’homme qui finira par inscrire son nom dans l’histoire des joutes languedociennes. Ce n’est qu’après avoir perdu avec les honneurs au troisième jour du Grand Prix de la Saint-Louis en 1995 que le gamin de Balaruc se dit qu’il y a quelque chose à faire. La suite, c’est des dizaines de victoires et un record historique de trophées de la Saint-Louis, à égalité avec Louis Vaillé dit “Le mouton”.

© Yvan Marcou

Enfin, Aurélien a une arme secrète : son passé de rugbyman. Joueur professionnel à Béziers pendant deux ans puis à Montpellier deux autres années, il y a acquis de la force, mentale et physique, un véritable esprit de combattant et une puissante capacité à se donner les moyens de réussir ce qu’il veut faire. Il y aura même appris la concentration à travers la sophrologie et les entraînements où l’on répète cent fois les mêmes gestes, la même séquence destinée à gagner. De quoi tenir tête à un monde qui ne l’a pas toujours bien accueilli. “C'est un univers concentré et difficile à pénétrer. Mais j’ai montré qu’en n'étant pas issu d’une famille de pêcheurs ou de jouteurs, ni même de Sétois depuis 25 générations, je pouvais y arriver quand même.” Et pas à moitié.

Partir pour le meilleur

Aujourd’hui, Aurélien ne joute plus. Il s’occupe toujours de son club mais ne va plus sur les tournois. “Je fais autre chose, j’essaie de mettre ma petite notoriété au service de nobles causes, la préservation des zones maritimes, la protection de l’enfance et la lutte contre l’obésité”, liste-t-il avec modestie. Et d’expliquer : “Je préférais quitter les joutes dans de bonnes conditions, avant que ce soit une blessure ou les contre-performances qui m’arrêtent.”

Quel que soit le sport, et le niveau auquel il est pratiqué, il existe une constante chez les champions qui durent dans leur discipline : la capacité à se surpasser lors des grands rendez-vous. Rappelez-vous des conseils d'Aurélien lors de votre prochain défi et plutôt que de céder à la pression, prenez le temps de faire le vide et de vous recentrer sur le plus important : vous-même.

 

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.