Fête du sport ou défaite du gouvernement Macron ?

La fête du sport débute aujourd'hui, mais ses organisateurs ont déjà la gueule de bois...

Lancée l'an dernier par Laura Flessel, alors ministre des Sports, la première fête du sport débute ce vendredi 21 septembre et doit se poursuivre tout le week-end. Pourtant, outre la météo qui ne présage rien de bon pour ces trois jours, une pétition lancée ce jeudi par un collectif de lanceurs d'alerte appelé "Ambition Sport" est venu assombrir un peu plus ce ciel déjà bien nuageux.

Au moment où l'idée avait germé dans les jardins du ministères des sports, elle ne faisait déjà pas l'unanimité chez les acteurs présents sur le terrain. Alors depuis l'annonce des coupes budgétaires voulues par le gouvernement Macron, les tensions se sont ravivées et les positions se sont durcies. Concrètement, sur le bureau de Roxana Maracineanu, la nouvelle ministre des Sports, le dossier le plus volumineux prévoit la suppression de 1600 postes "équivalents temps plein" d'ici 2022 sur 3500 postes actuels. Soit la moitié des effectifs. Une mesure qui fait suite à un document consulté par l'AFP et envoyé le 26 juillet à Laura Flessel lorsqu'elle était encore en poste, qui fixait le nouveau budget du ministère à environ 450 millions d'euros. Un budget en baisse de 30 millions par rapport à 2018, donc.

De François Ruffin à Christine Arron...

Ce jeudi, sous l'impulsion de professionnels inquiets pour l'avenir du sport tricolore, plusieurs personnalités politiques et sportives se son mobilisées et ont publié une pétition en forme de lettre ouverte à l'attention du président de la République, Emmanuel Macron :

"Monsieur le Président de la République, nous vous faisons une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps. Nous venons de recevoir la revue de presse qui nous informe que nous allons mourir doucement et lentement d’ici 2022. Nous pensions naïvement que le service public du sport serait épargné des baisses de dépenses publiques, compte tenu du fait que ce sont intrinsèquement des économies de bouts de chandelles, au vu des ambitieux objectifs fixés : 3 millions de pratiquants supplémentaires et doublement des médailles, soit 80 médailles aux JO de 2024. Apparemment, non seulement ce n’est pas le cas, mais en plus d’une coupe sèche de 30 millions d'euros dans son budget 2019, on nous annonce la suppression progressive de quelques 1.600 "équivalents temps plein" d'ici à 2022 sur 3500 postes actuels, soit la moitié des effectifs. Un vrai plan social en somme !"

Parmi les signataires, on retrouve l'ancienne sprinteuse, Christine Arron, l'ex lutteuse, Audrey Prieto, le navigateur, Michel Desjoyeaux, l'ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet, et les parlementaires que sont François Ruffin et Pierre Laurent.

"Malgré les éléments de langage gouvernementaux apportés depuis pour calmer les esprits auxquels nous ne croyons absolument pas, nous sommes profondément meurtris et choqués à la fois par la méthode et par l’objectif politique poursuivi. Démembrés et déshumanisés, les acteurs du service public du sport unis avec les citoyens engagés, un genou à terre, continueront avec toute leur force de conviction à tenter de vous convaincre de revoir le budget sport de l’État en 2019 et pour les années à venir. Comment faire l’impasse d’un débat sur le service public dans le sport et laisser à des personnalités de la société civile issues essentiellement de grandes entreprises, réunis au sein d’une commission ad hoc dite CAP 2022, décider de l’organisation, des priorités du service public sportif. Le prisme purement libéral et cette logique d’efficience budgétaire ne prend pas en compte les retombées positives du sport sur les publics, sur les territoires et dans l'économie. Comment organiser l’héritage olympique 2024 avec un tel projet de loi de finances 2019, alors qu’il était un point fort du dossier français. Comment croire qu’un « chantier gouvernance », lancé il y a six mois tambour battant, n’avait pas comme seul objectif de justifier la création d’une agence nationale du sport avec comme finalité la privatisation du sport et le désengagement de l’État. Comment penser que ce chantier a permis de débattre démocratiquement de l’organisation du sport pour tous et de la haute performance au sein d’ateliers de 2 heures avec des conclusions sur Powerpoint préparées à l’avance par une direction d’administration centrale. C’est adopter une vision très libérale du sport, pleine d'incohérences et de dogmatisme. C’est oublier que le secteur sportif a besoin des aides de l’État et de l’accompagnement, ainsi que de l’expertise des agents du service public du sport pour soutenir les bénévoles de plus de 300 000 associations sportives. Sans ces aides financières et humaines, l'impact sera lourd de conséquences pour les pratiquants et les familles, qui ne pourront supporter l’augmentation du coût de la licence !"

Un week-end de sensibilisation ?

Car c'est bien là le coeur du problème, la baisse du financement de l'état se répercutera inévitablement sur les citoyens. Ce qui explique pourquoi, à l'évocation de cette fête du sport qu'ils sont censés honorer dans les clubs, les bénévoles oscillent entre dégout et résignation. Intérrogé par France Info, Kamel Chibli, vice-président de la région Occitanie en charge de l'Éducation, de la Jeunesse et du Sport, abonde : "La mayonnaise ne prend pas. Sur 19 000 clubs dans notre région et 1,5 million de licenciés, il y a beaucoup de clubs qui ne souhaitent pas participer. Je pense que le mouvement sportif est plutôt en colère aujourd'hui". En colère, mais toujours présents, puisque une large majorité des bénévoles devraient, malgré tout, accueillir les licenciés dans les gymnases et autres terrains de sport de l'Hexagone pour les sensibiliser à cette action et les informer des répercussions auxquelles ils peuvent s'attendre sur la pratique et l'encadrement de leur sport fétiche.

D'ailleurs, en parallèle, une autre pétition a été lancée par le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), tout aussi inquiet de cette coupe massive dans le budget du ministère des sports. Également interrogé par France Info sur la possibilité de voir les sportifs descendre dans la rue pour manifester, le président du CNOSF, Denis Masseglia, répond "pourquoi pas ?". "C'est pour que l'on reconnaisse le sport avec l'importance sociétale, humaine, économique qui est la sienne". Politique, aussi. Et ce n'est pas le Président Macron heureux comme un gamin dans le vestiaire des Bleus ou sur le perron de l'Élysée qui dira le contraire...

-> Pour signer la pétition lancée par le collectif "Ambition Sport", c'est par ici.

-> Et pour signer la pétition lancée par le CNOSF, c'est par là.