Edwin Ibarra, l'homme qui court pieds nus sur les trails les plus difficiles du monde

Au Half Marathon des Sables de Fuerteventura, qui se déroule en ce moment même dans le désert des Îles Canaries, on le repère de loin.

Ils ont tous des chaussures, des chaussettes et des sur-chaussettes pour éviter que le sable ne les dérange. Tous, sauf trois sud-américains. Six pieds à même le sol : José, l'Argentin, Luis Fernando, le Colombien et Edwin Ibarra, l'Équatorien. Mais ce dernier est le seul vraiment habitué à la course pieds nus et le seul à venir à bout du premier jour de course.

Trois au départ, un seul à l'arrivée.

Pour Edwin, 27 ans, il ne s'agit pas de se prendre pour Yannick Noah. Ce n'est pas un style, donc. Non, il s'agit d'une éducation et d'un vrai mode de vie. Il a grandi à Pedernales, au bord de l'océan Pacifique en Équateur et, à part pour se rendre "à l'église, au travail ou à l'école", il ne met jamais de chaussures. 

"Je viens d'une famille humble et quand j'étais petit, je préférais que mes parents dépensent de l'argent pour de la nourriture plutôt que de me payer des choses, de les user alors que je ne suis pas obligé de les utiliser. Même pour ma première course, à mes treize ans, j'ai fini deuxième en courant sans chaussure."

Un moyen de se renforcer aussi

Repéré par quelques sponsors à cette époque, il va vraiment se faire remarquer par tout son pays quelques années plus tard. Sur le marathon de Quito, exactement. Ce jour-là, il manifeste et court en tenue de sauveteur, pour que ce métier (le sien aussi, au passage) soit mieux reconnu par le gouvernement. Et forcément, un mec déguisé en David Hasselhoff dans Alerte à Malibu, qui termine un marathon plutôt bien classé (et toujours sans chaussure), ça attire les caméras.

Edwin et ses semelles naturelles au repos.

Depuis, Edwin est clairement devenu "l'athlète pieds nus" en Équateur et se fait, ainsi, inviter sur de plus en plus de courses. C'est même devenu sa marque de fabrique. Sur son compte Twitter, il se présente de la sorte parce que ça lui permet d'attirer des sponsors : "On m'a offert de l'argent sur mes premières courses, et aussi des chaussures. Mais je préfère courir sans, parce que c'est pour ça que les gens me connaissent, me reconnaissent et m'invitent un peu partout aujourd'hui. Et cet argent me permet d'aider ma famille et les gens qui n'ont pas d'argent dans ma ville."

José et Luis Fernando, en pleine course, et avant qu'ils n'abandonnent. © Cyrille Quintard

À dire vrai, Edwin Ibarra préfère le contact direct entre son pied et le sol :

"Tout le monde me pose la question : "Mais tu ne te blesses pas trop souvent, pieds nus ?' Et moi, je leur réponds : 'Au contraire, je me sens bien plus fort.' En quinze ans de course, je ne me suis jamais blessé. Des coupures, des ampoules, oui. Mais jamais de problèmes de chevilles, de talon ou de muscle. J'ai l'impression que de courir avec des chaussures, ça te déforme le corps. Mais ça a du bon aussi. Ça protège contre les pierres, les épines comme aujourd'hui par exemple sur le Half Marathon des Sables. Y'a pas mal de parties dures, de pierres... Et ça aurait pu m'aider. Mais voilà, je préfère courir sans. Mon conseil, c'est de ne pas le faire tout le temps mais parfois sur la plage, par exemple, courir pieds nus peut aider à renforcer les jambes."

Sa méthode est on ne peut plus simple : pour faire comme lui, il faut d'abord habituer ses plantes de pied, saigner, souffrir d'ampoules à l'entraînement "pour se créer un bouclier, une semelle qui, le jour de la course, sert de chaussures." Et ce, que ce soit sur le bitume ou bien sur toutes les autres courses, trails, ultra-trails où on veut bien l'inviter : "En 2015, j'ai battu le record des cent kilomètres de Quito sur bitume et pieds nus. Mais je n'ai pas la certification du Guinness Book des records parce qu'il fallait payer. Et comme je l'ai déjà dit : je n'ai pas d'argent, moi." Pas d'argent, mais beaucoup de cœur.