Portrait d'une guerrière : Sarah, en mission contre la grossophobie dans le sport

Sarah, 30 ans, est ronde, sportive et militante active contre la grossophobie : portrait.

La jeune femme a commencé le sport à 7 ans, elle a atteint la ceinture noire de karaté, a pratiqué la boxe pendant un an, la danse pendant 20 ans, et se retrouve régulièrement en salle de gym pour suivre des cours collectifs. Malheureusement, elle a toujours fait l'objet de moqueries ou d'insultes à cause de son poids. Portrait d'une sportive qui va vous donner envie de vous bouger, peu importe ce qu'en pensent les autres.

© Getty, ne vous laissez pas impressionner

Konbini : Tu peux rappeler ce qu’est la grossophobie?

Sarah : La grossophobie c’est toutes les discriminations qui touchent les personnes grosses dans tous les domaines possibles : l’exclusion, les préjugés, les blagues, l’humiliation...

K: A partir de quel moment as-tu  commencé à subir des réflexions grossophobes dans le sport?

Sarah : C’est arrivé assez tôt. Au lycée j’avais eu droit à mon lot de réflexions grossophobes en cours de natation : “On va voir Sarah en maillot de bain! haha”, mais j’adore la piscine, alors j’étais venue à toutes les séances. Il y avait un autre gros dans la classe, il n’avait pas supporté l’humiliation et avait arrêté de venir.

Au karaté j’ai également subit pas mal de grossophobie au moment de la pesée. C’était jamais un moment très agréable parce que j’étais la plus grosse, et tout le monde me le faisait remarquer.

K : Tu en subis encore actuellement?

S : Oui, le pire c’est la salle de gym. Je ne subis pas vraiment de moqueries, car j’ai un fort caractère, en revanche je subis de la grossophobie ordinaire. Il y a toujours une personne qui va vouloir me montrer comment marche une machine, ou comment fonctionnent les cours, parce qu’elle pense que je suis novice. Pour les gens, une personne grosse qui fait du sport est une personne qui débute, et qui cherche à maigrir.

© Getty, personne ne peut vous arrêter

K : Quels sont tes conseils pour garder le moral face à ces attaques grossophobes?

S : Il ne faut pas laisser la grossophobie détruire notre passion. On est facilement démoralisée en tant que personne grosse. Surtout quand, dès notre plus jeune âge nous sommes choisis en dernier, et donc exclus, parce que considéré.es comme fainéant…  

Il faut essayer de voir le positif qu’apporte le sport, plutôt que le négatif des remarques grossophobes. Si tu as vraiment envie de faire du sport, fonce. Fais abstraction des remarques désobligeantes! 

K : Tu réagis comment en général quand on te fait une attaque grossophobe alors que tu es au sport?

S : En général je réponds sèchement, car je trouve que c’est mérité. Tout le monde ne parvient pas à envoyer bouler les gens, ignorer c’est bien aussi!

Une fois en cours de Zumba, je me suis mise tout devant car j’avais l’habitude des chorés. Une élève m’a vue et m’a dit “tu devrais te mettre derrière, tu ne vas pas réussir à suivre”. Je lui ai répondue que je connaissais les chorés aussi bien qu’elle, et qu’elle allait se sentir bête de m’avoir fait une telle réflexion. On a commencé le cours, et effectivement, elle s’est sentie idiote.

K : A ton avis cette grossophobie dans le sport elle est liée à quoi?

S : Selon moi elle est globale. Les médias n’aident pas du tout. On ne voit jamais de gros ou de grosses à la télévision, dans les films, dans les séries ! Si on voyait un peu plus de femmes grosses à la tv, les gens ne seraient pas choqués d’en voir en vrai. On n’est pas des trucs rares et horribles, on fait partie de l’humanité.

La grossophobie est-elle créatrice d’enfermement social selon toi?

S : Oui totalement. Il y a plein de personnes grosses qui ont envie de sortir, de faire du sport, de courir, d’aller nager, mais qui n’osent pas parce qu’elles ont peur du regard des gens.

Il faut savoir que dès l’enfance nous sommes conditionné.e.s à avoir honte, puisque les prof de sports sont parfois grossophobes. Dans mon collège, un prof d’EPS avait dit à un de mes camarades “Arrête de manger où tu ne passeras plus les portes d’entrée!”. ça m’avait beaucoup choquée, car j’étais déjà grosse à l’époque.

K : Tu vois une différence entre le traitement des femmes et le traîtement des hommes gros.ses dans le sport?

S : Un homme gros sera perçu comme un mec costaud, athlétique. Une femme grosse, elle sera juste une femme grosse. Dans les yeux des gens, les femmes ne sont pas sportives, alors une grosse l’est encore moins! Mon conjoint est gros, il est rugbyman, tout le monde l’admire, lui fait des compliments. Tandis que mes amis doutent de mes capacités sportives.

K : Tu as récemment participé à des projets en lien avec la grossophobie dans le sport, tu peux nous en dire deux mots?

S : Il y a deux mois j’ai participé à un clip en tant que figurante. L’artiste : Benton, a écrit une chanson sur le ton de l’humour. Sa volonté était de transmettre le message selon lequel les gros ont le droit de s’éclater, de faire du sport, d’exister! On me voit dans le clip, dans une salle de fitness avec plein d’autres personnes grosses, et on s’amuse à fond!

J’ai également participé au premier épisode d’un projet de podcast sur les féminismes et le sport. J’y parle de grossophobie dans le sport de manière assez poussée. 

K : C’est quoi ton mot doux qui fait du bien en cas de bad?

S : Je dis souvent “dans la nature il y a des flamants roses, des paons, et des  cygnes. Ils ne se ressemblent pas du tout, et pourtant ils sont très beaux. Ce sont trois oiseaux extraordinaire. Pour les humains c’est pareil. Il y a de la place pour tout le monde!”

Que vous soyez un flamant rose, un paon, ou un cygne, ne laissez personne vous dire "tu ne peux pas le faire".

 

 

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.