Un triathlète rate le record de l'Enduroman à cause des bouchons parisiens

Plus de soixante heures d'effort pour arriver vingt minutes en retard sous l'Arc de Triomphe...

L'Enduroman, c'est un moyen sympathique, moins cher mais un poil plus long que l'Eurostar, pour relier Londres et Paris. 140 kilomètres de course à pied pour rejoindre Douvres depuis la Marble Arch de Londres, 40 de nage pour traverser la Manche jusqu'à Calais, et 140 bornes de vélo pour arriver au pied de l'Arc de Triomphe. Après Marine Leleu en juin dernier (record chez les filles en 69h52) et Cyril Blanchard en 2016 (record chez les hommes en 59h56), c'était au tour de Dany Perray, triathlète Nantais dont la belle barbe grise trahit une petite cinquantaine d'années, de défier cette épreuve mythique.

Parti dimanche 23 septembre à 19h30, il n'a dormi que trois heures (deux siestes d'1h30) pour arriver sous l'Arc de Triomphe 60 heures et 18 minutes plus tard. Soit 23 minutes au delà du record qu'il menaçait de battre en arrivant aux portes de l'Île de France. Sauf que Dany a découvert les joies du trafic parisien, comme il l'explique dans les colonnes de L'Équipe : "J'ai vécu un véritable ascenseur émotionnel. Je savais que j'avais le record en main car il me restait 1h20 pour faire douze kilomètres, mais l'observateur (le chronométreur qui doit obligatoirement suivre le triathlète en voiture en arrivant sur la capitale, ndlr) avait mal regardé l'itinéraire et on s'est retrouvé coincé dans une route en travaux. Je regardais le compteur tourner et à trois kilomètres, je savais que le record m'échappait. J'ai versé une larme de dépit à mon arrivée. C'est comme si mon château de cartes s'était effondré mais, heureusement, mes proches étaient là."

Un brin frustrant après tant d'efforts et de difficultés supplémentaires à dompter : "Hormis l'arrivée où le record m'échappe, il y a eu une période très difficile à la nage. On a eu un retour de marée exceptionnel qui m'a contraint d'ajouter huit kilomètres à mon parcours ! Mentalement c'était dur. {...} La partie course à pied est la plus difficile que j'ai réalisée et, sur le vélo, il y avait énormément de dénivelé. Mais ce sont ce genre de défis sportifs qui m'anime. Les épreuves qui sortent de l'ordinaire, c'est ce que je fais de mieux ".

À dire vrai, ce n'est pas la seule chose qui l'anime. Car l'idée de se mesurer à l'Enduroman a germé dans son esprit après une rencontre avec la petite Léna, jeune autiste de onze ans, dont les parents sont inscrits dans son club de triathlon. "Son regard m'a directement touché. Quand je la vois, j'ai l'impression de voir les yeux d'un ange. En se servant du sport, je veux toucher un maximum de monde à ce projet où le don de soi m'anime" Au delà de verser de l'argent à une oeuvre caritative, Dany courait, nageait et pédalait surtout pour faire connaitre l'association AEVE (Autisme Espoir Vers l'Ecole) : "L'idée principale est d'être reconnu et que les parents isolés avec leur enfant autiste sachent qu'une association peut les aider".

Six mois de préparation et quelques ironmans avalés un peu partout dans l'Hexagone, ce manager d'une entreprise de transport à la ville se lançait dans l'aventure pied au plancher : "Mon mental et mon physique me permettent de gérer ce genre de challenges. Mais j'ai surtout de grandes convictions par rapport à l'association Autisme Espoir Vers l'Ecole (AEVE)". Mais ça, c'était avant que ses convictions ne se heurtent à une triste réalité : à Paris, on roule plus avec le pied sur le frein.