Le dernier du Half Marathon des Sables est un héros

Babar Rais, coureur amateur britannique, a parcouru plus de soixante kilomètres sur une seule jambe valide lors du Half Marathon des Sables de Fuerteventura, aux Îles Canaries.

C'est le genre d'image qui met les frissons. Un coureur qui va au bout de lui-même, de ses limites corporelles, et dont le visage s'illumine une fois la ligne d'arrivée franchie. Et puis, ensuite, on se dit qu'il est un peu fou, qu'il a dû aggraver sa blessure, qu'il va mettre des mois pour s'en remettre, voire plus.

Quoi qu'il en soit, à son arrivée après 120 kilomètres de course, dont environ soixante en boitant, Babar Rais assure que les médecins de la course ne l'ont pas obligé à arrêter. Et que donc, il pouvait continuer :

"C'est un problème que je traîne au ligament du genou droit depuis un moment. Ça m'a lancé sur la deuxième étape du Half Marathon des Sables, au cinquantième kilomètres environ, il me restait donc la moitié de la course à faire avec un genou qui ne cessait de gonfler. Mais après tous les sacrifices que j'ai faits pour arriver ici, sur cette course, je ne me voyais pas abandonner."

Crise de la quarantaine

Mari et père de famille, Babar (oui, comme l'éléphant) est comptable dans la vie de tous les jours. S'il est originaire de Londres, il fait actuellement carrière au Qatar. Et c'est dans ce pays du Moyen-Orient que lui est venue l'idée de courir dans le sable :

"Au début, quand j'ai commencé à en parler autour de moi, tout le monde pensait que je faisais ma crise de la quarantaine. Mes amis ont pensé que j'étais fou. Mais après quelques semaines à m'entraîner sérieusement, tout le monde a compris que non. Je pensais m'être bien entraîné, j'ai fait quelques semis, quelques marathons, et plus... Surtout, je sais ce que c'est que de courir sous 40 degrés, ici, à Doha. Mais j'aurais peut-être dû plus m’entraîner à avancer sur du dénivelé, dans les pierres et le sable. Mais rien ne te prépare vraiment pour cette course."

Le programme des trois jours de course.

Cette course ? La version accessible du vrai Marathon des Sables. Trois étapes dans le désert de Fuerteventura aux Îles Canaris, avec un jour de repos au milieu, et 120 kilomètres au total à parcourir. Mais, selon Babar, ce n'est pas uniquement la difficulté de la course qui l'a poussé dans ses retranchements. Au début de l'été, on lui a détecté un problème cardiaque et il n'a pas pu bouger pendant environ un mois. Et ça, selon lui, ça lui a été beaucoup plus préjudiciable le jour J. Son corps n'a pas vraiment digéré cette période d'inactivité.

Par exemple, sur la deuxième étape de 66 bornes, celle où son genou a commencé à devenir insupportable, il a parcouru les 58 premiers kilomètres en 15 heures, et les 8 derniers en 5 heures. Pas tout à fait normal, donc. Selon ses propres calculs, Babar estime avoir couru (marché, plutôt) deux kilomètres de plus que tout le monde tellement il zigzaguait à cause de la douleur.

Un dernier, heureux

Mais pourquoi aller jusqu'au bout alors ? "J'ai bien vu que j'étais le dernier à finir. C'est un peu gênant d'ailleurs. Mais une course pareille, c'est tellement de sacrifices, pour moi, ma famille, que je ne pensais plus du tout au classement et que je pensais juste à terminer. Je voulais aussi certainement prouver à mes amis, qui me pensaient fou, que je pouvais le faire." Oui, et on confirme : il l'a fait.