Zaid Ait Malek, traileur sans papier, attend toujours la nationalité espagnole

Sur les réseaux sociaux ces derniers jours, le hashtag #ZaidSeQueda a largement été partagé par la communauté des runneurs. En jeu ? L'avenir du coureur d'origine marocaine, Zaid Ait Malek, aujourd'hui sans papier.

À l'époque, en 2006, il a vingt ans. Et il ne court pas encore. Zaid travaille dans le bâtiment, il joue parfois au foot et c'est à peu près tout. Surtout, sa famille est basée à Imilchil, en pleine zone rurale marocaine, et galère à joindre les deux bouts. Alors quand son cousin lui propose de fuir en Espagne, le soir du Nouvel An, il n'hésite pas longtemps.

Caché un camion, il arrive d'abord à Algésiras, avant d'atterrir à Almería, en Espagne. Là, il travaille quatre ans dans une serre, en situation illégale, et finit par migrer à Baena, en Andalousie, où il devient cueilleur d'olives, légalement cette fois-ci. Suffisant pour aider financièrement sa famille au pays, mais pas pour s'épanouir et s'intégrer pleinement dans sa nouvelle vie.

Non, ça, ça lui tombera dessus un peu sans prévenir. Un beau jour, il se réveille et décide de s'inscrire sur une course de dix kilomètres. Et sans entraînement particulier, il termine sixième. Le hasard faisant toujours bien les choses, il est repéré ce jour-là par un club de running. C'est le début de l'histoire d'amour entre le trail et Zaid Ait Malek.

La reconnaissance 

Assez vite, il engrange les kilomètres, avale les dénivelés et commence même à gagner quelques courses. Mais il se fait vraiment remarquer un 26 mai 2013, sur le marathon montagnard entre Zegama et Aizkorri, au Pays basque. Ce jour-là, pas de victoire pour lui. Mais une belle et surprenante quatrième place derrière trois stars de la discipline, dont un certain Kílian Jornet.

Depuis ce jour-là, il est invité sur de plus en plus de courses, déniche un sponsor et reçoit surtout pas mal de soutien pour faciliter ses démarches administratives et qu'il puisse rester en Espagne. Notamment de la part de la fédération espagnole de montagne et d'escalade ou encore, de la mère de Kílian Jornet.

Sa solution jusque-là ? Il renouvelle chaque année sa carte de séjour et obtient ainsi le droit de rester et de travailler sur le sol espagnol. Mais pas en 2018. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas travaillé les 180 jours réglementaires et minimum pour être éligible à ce titre de séjour. Il s'est longuement confié à El Mundo la semaine dernière, sur ses conditions de travail de cueilleur : 

"C'est compliqué car on ne sait jamais combien de temps dure la saison de l'olive. Ce n'est jamais dit qu'ils me fassent travailler 180 jours. En 2015, j'étais déjà pas passé loin de la sanction. Idem pour cette année (...) Mais pendant tout ce temps, malgré des jours difficiles, j'ai continué à courir parce que c'est ce que j'aime. Ces problèmes rendent votre vie amère. Mais je suis habitué à me battre, je l'ai toujours fait. Aussi, beaucoup de gens me soutient et ça, ça me rend très heureux."

Aujourd'hui sans papier, Zaid Ait Malek est donc menacé d'expulsion. C'est pourquoi, il a fait une demande de naturalisation le mois dernier. Il devait avoir une réponse le 5 octobre dernier, le jour où sa carte de séjour expirait, mais toujours pas de nouvelle. Depuis douze ans qu'il vit en Espagne, il a en tout cas reçu des milliers de messages de soutien sur les réseaux sociaux. Ici et là, le hashtag #ZaidSeQueda a fleuri au sein de la communauté trail. Un certain réconfort après l'effort.

Crédit photo : © Creative Commons - Alexis Martin