Portrait d'une guerrière : Koumba Larroque, 20 ans, championne du monde de Lutte et étudiante

À l'âge ou le commun des mortels se cherche encore, la lutteuse Koumba Larroque, étudiante en école de Kiné dans la vie, constitue l’un des plus grands espoirs olympiques français.

Un parcours encore plus impressionnant quand on sait que la Française compose au quotidien avec ses nombreux entrainements, ses cours et une vie sociale bien remplie. Portrait d'une jeune fille bien dans sa peau, qui fait voler en éclat les clichés sur les sports de combat au féminin.

“Championne olympique à Tokyo en 2020”. Voilà ce que répond Koumba Larroque avec naturel quand on l’interroge sur ses prochains objectifs sportifs. La jeune femme est claire sur le sujet, elle ne veut pas juste une médaille olympique, elle veut l’or. Celui dont rêve tous les sportifs à un moment ou un autre de leur parcours. Pourtant, là où certains ne peuvent que l'imaginer, la petite fille d’Arpajon, dans l’Essonne, a toutes ses chances.  

En effet, à tout juste 20 ans, Koumba a déjà coché de très nombreuses cases sur la route vers la consécration olympique.  Championne d’Europe et championne du monde cadette en 2015, championne d’Europe et du monde junior en 2016 et championne d’Europe et du monde U23 (under 23, moins de 23 ans) des moins de 69 kilos en 2017, championne d’Europe Junior en 2017 et championne d’Europe U23 en 2018, peu de titres lui échappent encore. Et c’est sans parler de ses performances en catégorie sénior où elle a accroché le bronze aux championnats d’Europe et du monde en 2017 et l’argent européen en 2018. Bref, un parcours exceptionnel et plus que prometteur.

Toujours plus loin

© Asics

Si vous ne comprenez rien aux noms de ces catégories et à leurs étrange superposition, c’est un peu normal. Koumba est à ce point en avance sur les autres lutteuses de son âge qu’elle se surclasse et va donc prochainement enchaîner trois saisons, junior, U23 et senior. De quoi remplir un emploi du temps où s’ajoutent également une formation de kinésithérapeute et du temps pour ses proches. Même si cela nécessite parfois quelques sacrifices.

“Evidemment, entre les cours, les entraînements et les stages, ce n’est pas toujours facile de trouver un moment pour d’autres activités, mais en s’organisant bien, on peut le faire, on peut toujours le faire”, analyse Koumba. Il faut dire qu'elle s'entraîne six jours par semaine. A lutter évidemment, mais pas que. “Ça varie en fonction des jours, de la période de l’année et de l'approche des compétitions”, explique la championne. “Globalement, je lutte tous les jours, puis je m’entraine sur autre chose, cardio, course, renforcement musculaire. Il faut faire un peu de tout parce que c’est un sport complet et dur pour le corps, surtout les articulations”. Elle conclut, avec une sagesse qui lui donne l’air plus âgée : “Bien sûr que c’est difficile et parfois je n’ai pas le moral pendant une semaine. Au final, ça finit toujours par passer, parce qu’on sait pourquoi on fait tout ça. Surtout quand les résultats suivent.”

Le mental et la gagne

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Le mental n’a de toute façon jamais été un problème pour Koumba. Car même si elle avoue volontiers qu'elle n’a pas tout de suite accroché avec la lutte, qu’elle a commencée à 9 ans parce que ses deux grands frères en faisaient, elle a toujours visé la victoire. “Je n’ai jamais vu la lutte comme un loisir, j’ai toujours été là pour la compétition, c’est mon état d’esprit naturel”, lâche-t-elle sans détour. Et là où certains sportifs se battent pour leur famille, leur ville ou pour la gloire, son discours à elle est très différent. “Je n’ai pas vraiment de facteur de motivation particulier, tout ça je le fais pour moi. Même si c’est toujours agréable de savoir que ça fait plaisir à ma famille et que ça fait taire un peu les jaloux”, poursuit la championne. Côté concentration, c’est dans la prière que Koumba trouve la sérénité nécessaire à la préparation d’un combat.  

Ce mental hors du commun - et finalement assez rare, Koumba l’attribue notamment au fait d’avoir grandi entourée de garçons et donc de s’être forgé un caractère solide. Mais ce n’est pas tout. “Pour le sport, j’ai quitté ma famille à 12 ans, j’ai dû prendre beaucoup de décisions très jeune et ça m’a aidé à mûrir plus vite que les autres. Du coup, je me suis pas mal trompée et ça m’a beaucoup appris”, raconte la lutteuse, consciente que son parcours hors-norme l’a transformée. Ce mental, c’est aussi probablement ce qui fait d’elle l’étoile montante de la lutte française qu’elle est aujourd’hui. A ses yeux, c’est en tout cas le mental qui fait les champions, le talent ne suffisant pas à tenir la distance dans un univers aussi compétitif et difficile.  

Les clichés, l’autre combat

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Enfin, Koumba aime lutter contre les clichés qui collent à la peau des sportives, et notamment des lutteuses. “Pour commencer, je ne crois pas que ce sport soit un sport de garçons. D’ailleurs, l’équipe nationale féminine performe mieux que celles des hommes, c’est important de le signaler”, lance-t-elle avec du sourire dans la voix quand on aborde le sujet. “C’est vrai dans de nombreux sports, les niveaux montent très vite chez les filles.” On l’aura compris, les stéréotypes et les associations à l’emporte-pièce entre masculinité et sports de combat ne passent pas. Et pas plus dans la lutte que dans la vie.

Koumba revendique d’ailleurs pleinement sa féminité, le fait d’aimer prendre soin d’elle, de se maquiller et sa passion pour la mode. Le message est clair : ce n’est pas parce qu’on fait de la lutte qu’on est un “garçon manqué”. Toutefois, la jeune femme confesse qu’elle cache parfois un peu ses bras musclés par ses entraînements quotidiens. “Quand je suis habillée, on ne voit pas forcément que je suis sportive. Et quand je le dis, puisque je dis que je fais de la lutte, ça étonne positivement. En fait, je dirais même que ça plait”. Et on comprend bien pourquoi puisque pour les Jeux Olympiques comme pour le reste, Koumba a tout pour elle.

Peu importent les règles, la raison ou le score, l’essentiel c’est de bouger.